Les chroniques de Ragidro : Solidarités, Fihavanana, Collectif …

Posted on 7 novembre 2020

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Les chroniques de Ragidro : Solidarités  – Fihavanana – Collectif

Patrick Rakotomalala ( Lalatiana Pitchboule – Novembre 2020)

Pour poursuivre cette réflexion sur notre difficulté à nous mobiliser EN MASSE véritable contre le Kéré

 « Ils passent à côté de mon reboisement et ils coupent mes arbres, sans raison … pour me vexer peut-être » dit le vieil homme dans cette vidéo…  Celui-là plus jeune, raconte à son tour « J’ai dit aux gens, allons … il faut faire des plantations. Mais les gens ne le font pas. Ils s’en foutent…Voila, alors je plante … Les gens arrachent. L’année suivante, je plante … Les gens arrachent … Cette année, j’ai planté beaucoup… jusqu’au bord du chemin… Et ce mois-ci, les gens ont tout arraché… » …On s’acharne à arracher les arbres qu’on vient juste de planter … On s’acharne à détruire ce que certains font pour préserver le bien commun. »

Les anthropologues sauront décrypter la profonde contradiction entre, d’un côté, une culture du fihavanana où le collectif et l’appartenance au collectif prévalent sur l’individu et, d’un autre côté, des comportements où les enjeux collectifs (et la préservation du futur) sont totalement annihilés. Profonde contradiction entre des valeurs prônées de solidarité et de coopération et des comportements profondément égoïstes où le seul intérêt personnel et l’incivisme prévalent.

La pauvreté galopante a pu ne pas favoriser l’altruisme et le désir de préservation du bien commun. Entre préservation et réservation il n’y a qu’un pet de différence. Mais quand même … Peut-on tout excuser/expliquer par l’appauvrissement ? N’est-il pas patent que cet appauvrissement matériel n’est que le résultat d’un autre appauvrissement : celui de la perte de notre sens du collectif ?

Quelque part notre problème de fond n’est pas l’incurie du pouvoir actuel… Notre problème n’est pas la corruption … Ce ne sont que les résultats de NOTRE difficulté à nous projeter, nous malgaches, dans le collectif et dans la confiance en notre voisin et alter ego…  Sans identification, sans confiance, sans projection dans le collectif, impossible de se projeter dans le long terme. Sans projection long terme, impossible de se projeter dans le collectif. Sans collectif, comment faire émerger le système qui puisse nous sortir de l’obscurité ?

Il ne faut pas trop escompter sur l’émergence d’un dictateur éclairé. Cet espoir résigné de l’émergence spontanée d’un providentiel raiamandreny fantasmé n’est que le reflet, encore une fois, de notre difficulté à bâtir ou consolider ensemble un dessein commun national.

… Une dictature éclairée, espèrent certains en souhaitant qu’une fois encore le salut vienne d’en haut, apporté par un dirigeant éclairé et sage…. On a dit éclairé … Pas illuminé …Ni décoré en sapin de Noël. Je crains qu’on ait plus de chances de voir émerger aujourd’hui chez nous un Mobutu plutôt qu’un Rawlings ghanéen ou un Kagame rwandais …

Nous ne pourrons, je le pense, bâtir un futur si nous ne (re)construisons pas notre sentiment d’appartenance a quelque chose de plus grand que nous. Il est urgent, de fait, de développer l’envie, de favoriser l’ambition confiante, d’entretenir la volonté engagée  et affirmée de faire grand ENSEMBLE pour briser ces trappes de pauvreté…

Retrouver l’envie, l’ambition c’est aussi avoir confiance dans un système qui cessera de nous confronter perpétuellement à ces schémas inégalitaires [2] qui vampirisent les énergies et démobilisent les forces vitales du pays : « à quoi bon » entend-on trop souvent au nom de notre résignation à un «ce ne peut être autrement ».

A-t-on jamais eu un discours politique qui ait véritablement mis au cœur de son programme « la lutte contre les inégalités sociales» ? Certainement pas… Dans une société aussi inégalitaire que la nôtre, marquée par les hiérarchies et les castes, les impérialismes successifs (et pas seulement les impérialismes coloniaux), les privilèges, les ambitions matérielles des uns et des autres, la corruption et l’argent facile, cela paraitrait suicidaire alors qu’il faudrait fixer les principes qui graveraient dans le marbre la volonté de briser ces privilèges… Cela est il aussi utopique qu’il le parait …???

Pourtant …

N’est-il pas temps de retrouver ce qui fait véritablement sens pour nous ? Notre modèle de société et notre modèle de développement doit il absolument être calqué sur un modèle (occidental ?) qui prône un mortifère consumérisme et entretient ces inégalités ? 

La Grande Ile dessine une reproduction à l’échelle des tares actuelles du monde développé. La situation climatique et environnementale de la planète est engagée sur des schémas de destruction que l’on sait désormais irréversibles. Notre tanindrazana vit les mêmes schémas. Doit on s’y résigner? Ou bien n’avons nous pas des schémas alternatifs à inventer et à proposer AU MONDE ?

Pour autant que font nos dirigeants, que fait on nous mêmes pour ralentir la course folle de ce train vers le précipice ? Quelles décisions sont-elles vraiment prises pour tenter de stopper la catastrophe vers laquelle on se jette ? Et surtout, pourquoi notre Grande ile ne pourrait-elle pas être une illustration d’un nouveau modèle de développement durable ou alternatif tels que le sont le Bhoutan ou le Costa Rica au lieu de courir après des modèles utopiques et mortifères ?

N’est il pas temps de faire le point sur ce que nous sommes en train de perdre de manière définitive, en faisant le bilan de ce que nous avons déjà détruit ? … Et dire « stop, réveillez-vous… »

On peut avoir ce sentiment que l’inéluctable est peut-être déjà là. Doit on pour autant s’y résigner ?

N’est-il pas temps d’écrire un nouveau récit d’identité et d’amour pour notre pays, qui pourrait nous donner envie de véritablement nous unir pour offrir aux plus faibles …???

N’est-il pas temps de décider de sacrifier  ce qui peut être sacrifié pour offrir tout ce que nous pouvons à nos enfants et à leur futur ???

C’est une question… Et une décision politique et de responsabilité qu’il appartient à chacun de nous de prendre…

Bien à vous tous …

Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule (Nov 2020)


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