Les Chroniques de Ragidro : #Covid19 Madagascar

Posted on 19 avril 2020

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Courbe a aplatir

Synthèse Epidémiologique

Date 17/04
Cas confirmés 117
Hospitalisés 84
Guéris 33
Décès 0
Nombre de tests réalisés 2 357

Le nombre de cas contacts dépasse désormais le nombre de cas importés.

La « faiblesse » relative de ces chiffres en a interrogé plus d’un. Avec ce questionnement :  « Comment un pays aussi pauvre, avec autant de faiblesses du système de santé, déjà submergé par des flambées successives de maladie en cours, et autant de fragilités sociales, pouvait-il connaître aussi peu de cas confirmés, aussi peu de décès » ? A regarder les quelques 700 000 cas et les 40 000 morts d’un pays développé comme les USA, ou les 112 000 cas et 19 000 morts en France, pour ne citer que ceux-là, le constat rendait perplexe certains observateurs.

Le continent africain est désormais touché, mais que sont les 13 000 cas et les 616 décès confirmés en Afrique au regard du million de cas confirmés en Europe ?

Si ces chiffres sont difficilement comparables, en raison des différences en termes de critères d’établissement et de disponibilité des données et de différences en termes de temporalités, les masses interpellent. Elles interpellent d’autant plus que localement les interprétations des plus fantaisistes font cours. Depuis les prédictions d’une prophétesse brésilienne qui viennent soutenir les déclarations fracassantes d’un dirigeant qui aurait découvert le remède miracle en passant par les interprétations les plus superstitieuses et populistes (« c’est une maladie d’européens, on n’a rien à craindre »), nous ne sommes pas certains de la meilleure prise en compte de la pandémie qui risque de se développer. Et l’examen des chiffres qui analysent le nombre de cas par pays et par million d’habitants rapportés au PIB, pourrait laisser accroire que le COVID 19 est une maladie des pays développés.  Le manque de transparence et la volonté de verrouiller de manière effective l’information de la part du pouvoir malgache ne peut que rajouter du brouillard au brouillard.

En fait, NOUS souffrons d’une forme d’aberration mentale qui nous fait croire que la situation pourrait être moins grave qu’elle ne l’est réellement. Pollués émotionnellement et intellectuellement par le matraquage médiatique qui nous assène à longueur de journées les chiffres « hallucinants » du nombre de décès d’un Occident qui ne se préoccupe pas tant du nombre de victimes de la faim dans le monde, on en oublie qu’il faut comparer des choses comparables.

LA SITUATION A VENIR SERAIT, DE FAIT, comme on le craignait, BIEN PLUS GRAVE QU’ELLE NE LE PARAIT AUJOURD’HUI.  Et les postures de satisfaction de dirigeants qui se félicitent de la faiblesse du nombre de décès (on doit s’en réjouir immédiatement), et qui prétendent maîtriser la pandémie, ne sont pas moins aberrantes que les postures de dirigeants, scientifiques et gens de médias français qui regardaient avec condescendance la crise se développer en Chine ou en Italie (« C’est pas pour nous … Ce sont des arriérés et des vieux aux systèmes défaillants »).

L’exemple des errements et des retards des décisions européennes devrait alerter les dirigeants de nos pays : ils tombent dans les mêmes schémas erratiques de pensée. Cherchant à se rassurer et à nous rassurer en fuyant la réalité, en quête d’un hypothétique miracle : « On va passer à travers parce que… la météo, la génétique, les régimes alimentaires, le paludisme endémique, la jeunesse de la population, etc…etc … ». C’est éminemment dangereux.

En fait à comparer l’évolution du nombre de cas en France et à Madagascar (toutes données statistiques étant comparables) on a le tableau suivant qui prend en références J0 la date d’apparition officielle du premier cas et la date de recensement des 100 premiers cas.

Madagascar France
  J Nb cas   J Nb cas coeff x
21-mars J0 3 27-janv J0 3
23-mars J0+2 12 18-févr J0+22 12 4,00
12-avr J0+22 104 20-févr J0+24 12 1,00
14-avr J0+24 117 29-févr J0+33 100 8,33
15-mars J0+48 5 380 53,80
23-mars J0+56 14 296 2,66
29-mars J0+62 37 145 2,60
05-avr J0+69 67 757 1,82
12-avr J0+76 92 787 1,37

Le déclenchement de l’épidémie aurait débuté à Madagascar 54 jours après son déclenchement en France. Le début de confinement en France du 17 Mars a été suivi par un début de confinement partiel dans la Grande Ile seulement 6 jours après.

Il reste que malgré des mesures préventives et l’information « précoce »  sur le sujet, le passage à la centaine de cas survient à Madagascar à J0+22 quand il survient à J0+33 en France dans des conditions où les mesures préventives ne relevaient encore que des préconisations de gestes barrières.

La courbe de propagation du COVID SERAIT donc plus forte qu’elle ne l’a été en France.

Le conditionnel s’impose. Cette maladie, dont le comportement nous reste très largement méconnu, pourrait – du moins on doit l’espérer – ne pas répondre aux seules données et projections statistiques. Elles seraient  dramatiques.

Mais il ne faut pas se voiler les yeux. Le drame est peut-être plus à notre porte qu’on ne le croit.

Information importante : du 20 mars au 17 Avril, l’Institut Pasteur aura réalisé 2 357 tests (analyses de prélèvements) par les tests PCR. Et c’est tout…  sur une population de 27 millions d’habitants.

Quant à la courbe définie plus haut, qu’en sera-t-il de la hauteur de la courbe de prise en charge des patients.

Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) 
19/04/2020

Posted in: opinions