23eme region ou 19eme tribu de Madagascar : la Diaspora

Posted on 1 juin 2019

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Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)
01/06/2019

La rencontre de Andry Rajoelina avec la diaspora malgache de France du 1er Juin en atteste : l’intérêt pour les diasporas s’affirme. C’est là un truisme. Prendre conscience que les diasporas pouvaient pallier à la réduction des moyens accordés à l’aide au développement est un cheminement de pensée désormais établi auprès de tous les acteurs étatiques et institutionnels internationaux.  Les 400 millions de $ de transferts opérés annuellement par les émigrés  de Madagascar vers leur Grande Ile d’origine ne sont sans doute pas étrangers à cet intérêt, somme toute légitime, du pouvoir malgache vers cette si décriée communauté diasporique. L’opération de séduction du président malgache est, de fait, communément attendue.

L’expertise des expatriés (bien) formés et fortement imprégnés des cultures entrepreneuriales, managériales des entreprises occidentales, les moyens d’une classe moyenne ou moyenne supérieure qui transfère déjà dans son pays d’origine une manne d’un montant supérieur à l’Aide Publique au Développement … Tout cela méritait bien qu’on s’intéresse à ce curieux objet social que sont les groupes diasporiques.

L’image d’une vielle dame aux doigts fourchus et à voix chevrotante me vient toutefois à l’esprit : « Viens ici petite diaspora … Viens apporter ton savoir à ta vieille mère patrie pauvre et décharnée … Viens me donner ton argent … Viens créer des richesses dans mon jardin» … Holala  … !!! … Au nom de quelle  culpabilité peut on répondre à cette forme d’appel.

J’ai dit un jour à un responsable :  si la diaspora était une jolie femme, penserais-tu la séduire seulement en lui disant « T’as de beaux yeux, tu sais … T’as combien à me donner dans ton portefeuille ? »  (n’y voyez aucune forme de machisme).

Pourtant, de quelque bord qu’ils soient, ceux qui disent penser l’action diasporique ne formulent leur intérêt qu’en deux questions essentielles : 1) Comment faire investir les populations diasporiques dans leur pays d’origine 2) Comment exploiter au mieux leur expertise acquise à l’étranger ?  Et les réponses ne sont que techniques …ou à la rigueur tactiques … Des sachants des OIM, OCDE et autres BAD ou institutions savantes (et friquées) sauront dire « ben il faut favoriser la mobilité, OU améliorer l’accès à l’information OU améliorer les données OU faire des programmes pour les jeunes experts OU …. »  blêblêblêblêblê … Et elles sont le plus souvent inefficaces…

Il semble qu’on ne sache pas ou qu’on ne veuille pas considérer nos diasporas comme des groupes sociaux à part entière.  Mais ce phénomène n’est pas un tropisme gasy : on le caractérise aussi dans la vision de l’administration française : au sein du CNDSI (Conseil National pour le Développement et les Solidarités Internationales) la voix des diasporas est portée à travers le seul collège … ONGs !

Pour notre part gasy, lors d’une fameuse campagne pour un parti vert en 2013, nous avions lancé le concept de « Diaspora, la 19ème tribu ». On peut se contenter aussi de n’être que ressortissants de la 23ème région.

On a de fait ici une tribu particulière avec son identité, forte, avec sa double appartenance … et sa pleine diversité d’origines et de parcours et sa collection de communautés …  Et cette diversité exige des approches différenciées en fonction des catégories, des capacités, des expertises, des parcours et des histoires de ses membres. Si on veut que TOUS ceux-là s’impliquent, il est essentiel de ranimer leur sentiment d’appartenance à une communauté nationale DYNAMIQUE.

Et ce ne seront pas quelques initiatives épisodiques émises à leur égard qui vont conforter la construction de cette image et de cette nécessaire dynamique. La réponse à la question de la mobilisation de la diaspora ne peut donc plus être seulement technique ou communicationnelle. Elle doit être du tout au tout politique pour confirmer que les acteurs de la diaspora sont reconnus pleinement acteurs de la nation malagasy.

Il est indispensable que fassent jour des gestes forts attestant d’une réelle prise en compte POLITIQUE de cette diaspora à titre de groupe social.  Quand je dis politique, j’entends volonté de prise en compte des aspirations des membres de ce groupe social en favorisant sa structuration, son fonctionnement, son équilibre, son développement interne ou externe, son identité, ses rapports internes, ses rapports à son environnement.

Ce groupe social exige des structures PASSERELLES capables d’initier et d’animer des approches différenciées : capables ici de mobiliser, dans un sens comme dans l’autre, ici des fonds, ici des enseignants, ici des agronomes, ici des entrepreneurs, ici des jeunes volontaires, ici des artistes, ici des candidats à la repatriation, ou là des candidats à l’expatriation (eh oui) …

Et, parce que son champ d’intervention est multisectoriel, ce groupe social nécessite une administration de référence dotée d’une compétence administrative et politique transversale (la primature), à défaut d’être autonome (un ministère a part entière de la Diaspora doté de moyens).

Ce groupe social, enfin, a besoin de se doter d’une représentation, de s’organiser et de disposer de mandataires légitimes (cf le MEDEF ou le CNCM) doté d’un statut d’interlocuteur fiable pour pouvoir interpeller le pouvoir politique en pleine reconnaissance de sa légitimité et de son autonomie.

Ça ferait grincer des dents, mais ça imposerait au moins aux yeux de l’administration et du public la réalité des enjeux. Si on croit au potentiel de la Diaspora, il serait temps, pour les pouvoirs publics (et les partenaires internationaux) de mettre ce qu’il faut en œuvre pour le réveiller. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il y a des sous pour des programmes de support et de soutien aux organisations de la société civile pour ça … J’ai dit « réponse politique »…

Bien à vous tous

Malakoff. Le 1er Juin 2019

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