Ce ne sont pas les enfants de Manille… C’est chez nous :-(

Posted on 14 mars 2019

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madagascar-tristesse-2017

Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)

Kosztolànyi écrivait: « l’humanité ne voit la vérité que si on lui a crevé un œil. Mais avec l’œil qui lui reste, elle ne voit toujours pas la vérité … ».

C’est ainsi que la vraie misère des autres nous reste souvent abstraite … Que sais-je de la faim ? Que sais-je de la survie et de la peur de ceux qui dorment sur le trottoir ? Comment est-ce que je vis la lecture des images de la détresse de mon prochain ? En indignation, en colère ou en révolte ? En tristesse, parfois ? En empathie, peut-être ? Et puis des rencontres, des récits vous mettent un grand coup de poing dans la gueule. C’est ce que j’ai vécu aujourd’hui dans une confrontation avec le comble du sordide

Elle m’a raconté l’histoire de ces gamines (et gamins) de la rue dont son ONG s’occupe dans les bas quartiers de Tana. Ils ont 10 ans ou presque quand ils prennent conscience que leur corps peut leur permettre de gagner de quoi survivre. Parce qu’il en est des à peine moins miséreux qui veulent les acheter … Alors elles se prostituent. Elles ont 10 ans. 11 ans. 12 ans… Parfois 16 ans.

Elles font des passes à 1500 ariary… Elles auront touché 8000 ariary à la fin de la journée … Les filles mères de 16 ans payent pour faire garder leur bébé… Ca leur permet de faire le plus de passes possibles. Et elles donnent une partie de leurs gains à leur proxénète…Et elles payent les intermédiaires patrons de bar et autres rabatteurs … Et ça leur laisse 1000 ariary de revenu au bout de la nuit …

Et quand on leur dessine un autre possible, 30% d’entre elles en rejettent l’idée… Parce qu’elles n’ont eu jusque là que ce modèle à leur disposition… C’est simplement à hurler… Ah, j’oubliais …Il s’agit de petits garçons aussi…

De manière heureuse et rassurante, une expérimentation menée sur 300 gamines a vu 70% d’entre elles accepter l’idée d’un autre possible.  Après une première Phase d’évaluation et de sensibilisation (financée par un fond de coopération étranger), une deuxième Phase d’alphabétisation et d’éducation de base (financée par un autre fond de coopération étranger)  a permis de commencer la reconstruction de ces enfants en leur redonnant espoir, fierté et sentiment d’appartenance. Une troisième Phase de cette expérimentation est à lancer  en hébergement, alimentation et formation professionnelle (couture, auxiliaire de vie, cuisine, ménage) pour leur permettre de construire définitivement un autre avenir …

Il serait bien qu’on la soutienne, nous, cette fois cette initiative… Mais c’est une autre histoire à bâtir

Ps : Merci à Romy Andrianarisoa Voos  et à son ONG et à son équipe de l’Association Miaro Madagascar d’exister. Vous êtes magnifiques

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