Le ralliement de Saraha Rabeharisoa à Andry Rajoelina : ou comment l’éclat d’un diamant politique peut il se ternir?

Posted on 1 novembre 2018

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saraha

Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana Pitchboule) – 01 Novembre 2018

Saraha Rabeherisoa a annoncé son soutien au TGV pour la prochaine élection …  La nouvelle ne me surprend pas parce qu’elle ne fait que confirmer sa précédent participation à l’alliance ARMADA. Ce rapprochement avec Andry m’avait déjà fait sortir  le carton rouge. Mais la confirmation me désole encore.

En 2013, quand je l’ai rencontrée, j’ai adoré sa personnalité, son énergie, sa vivacité d’esprit et son courage. Son discours empreint d’écologie politique nous permettait de construire le socle, la cohérence et les éléments de langage d’un vrai programme. Je l’ai suivie dans cette aventure intimement convaincu qu’on avait à portée de  main les outils pour tenter de bâtir un redressement du pays. Mais, au bout du compte, Saraha et les Maitso (verts) de 2013 ont vécu sur une illusion. NOUS avons vécu sur une illusion et commis un gros péché d’orgueil.

Le parti vert avait, à l’époque, sillonné toute l’île, avec en tête l’idée qu’il ne fallait pas s’attacher aux grandes villes où la concurrence serait trop forte mais qu’il fallait aller chercher les voix dans les provinces et les zones enclavées. Des cellules de partis se sont créées dans quasiment toutes les communes où il fallait identifier des candidats neufs à la mairie ou à la députation.  C’était en fait une erreur tactique. Lors du dernier meeting à Tana avant le vote, la faiblesse du public m’avait fait comprendre que le corps militant n’avait aucune consistance, ou prou, dans la capitale… Et ça augurait du reste …

J’avais pourtant vu ces listes d’adhérents et ces piles de cartes de militants produites et envoyées dans les bureaux locaux … 300 000 adhérents affichait on !!!  J’ai vu ces meetings plein de joie où des chefs traditionnels  bénissaient cette femme et son courage. J’ai passé des nuits à discuter avec des militants. Des gens qui avaient une réelle culture politique (MFM, AREMA, MONIMA, …) et disaient rêver de changer les choses. Beaucoup de ceux là, identifiés par ceux qui en avaient les moyens, ont été retournés… En plus on aura aidé à mailler pour le futur HVM ☹

Notre péché d’orgueil était là : croire que des listes d’adhérents, souvent artificiellement remplies de noms de zébus par des responsables de bureaux locaux qui demandaient des sous pour animer leur cellule, avaient une réalité. Le calcul était simple si chacun des 300000 adhérents drainait 3-4 voix autour de lui, on faisait un million de voix et on passait le deuxième tour … pour jouer après un rassemblement autour d’un « tout sauf … ». En fait, on a vu des territoires dotés d’un bureau Maitso d’une dizaine de militants déclarés et d’une soixantaine d’adhérents, lui accorder … DEUX VOIX !!!

Notre péché d’orgueil était aussi là : croire que notre seul discours disruptif avec toute la foi et tout le talent qu’elle y mettait suffirait pour s’attacher définitivement les gens… et que ces meetings reflétaient la réalité du bulletin que les gens porteraient dans l’urne. La construction d’un mouvement politique est affaire d’éducation politique, donc de pédagogie, mais elle est surtout affaire de temps long …

Les résultats au soir du 1er tour ont été une vraie claque, vécus par Saraha à la fois avec une immense incompréhension, une énorme colère et le sentiment d’un gigantesque gâchis, relayés par la conviction d’avoir été trahie par le système, par les malgaches eux-mêmes ou, pire, par certains de ses proches collaborateurs.

J’avais pour ma part tenté de la convaincre que les quelques 250 000 voix obtenues étaient au bout du compte un vrai succès. Qu’il s’agissait de la preuve que notre discours avait du sens et qu’il était capable de susciter l’adhésion des gens. Que ces voix nous étaient réellement acquises et qu’on se devait de les respecter et de faire grandir ce mouvement.

Pour poursuivre et réinventer le mouvement, il aurait fallu du courage. Et de l’intelligence, de la créativité et du temps pour retrouver des moyens parce que le parti, qui avait parié sur un deuxième tour qui lui aurait apporté de nouvelles ressources, était exsangue financièrement.

Elle a fait le choix de la survie à tout prix. La politicienne était convaincue, à raison, qu’elle pourrait pas affronter seule tout le monde et se retrouver isolée face à une palanquée d’adversaires politiques qui pouvaient s’avérer éminemment dangereux (y compris physiquement) … Convaincue, à raison,  qu’il ne fallait pas mettre en danger des militants locaux fidèles qui eux aussi devraient se défendre en étant isolés de tout …  Ce sont là des réalités d’un univers politique malgache bien plus violent et dangereux qu’on ne l’imagine dans les démocraties dites évoluées… Mais il y avait, à mon avis, des voies alternatives …

Pour cette survie elle a développé des stratégies de recherches d’alliances et de ralliement … Robinson, puis Hery … Rejetée par Ravalomanana qui lui reprochait de s’être opposée à la candidature de Lalao en 2013 et baladée par Hery Rajaonarimampiananina qui l’a promenée de promesses en promesses, elle s’est jetée dans les bras de l’ARMADA et de Rajoelina… Le ralliement au putschiste de 2009  était pour ma part « zone rouge »… J’ai été triste qu’elle la franchisse. On avait, j’en suis convaincu, matière à vraiment créer sur du moyen long terme un vrai mouvement politique.

Que Saraha se soit rangée à cette vision … Que les malgaches ne méritent pas mieux que ces petits jeux d’alliances éphémères et opportunistes … Qu’il n’est pas possible de créer un vrai mouvement qui puisse réconcilier le peuple avec la politique … Qu’un vote ne peut être acquis s’il n’est pas manipulé … Ou que des tee-shirts, des ballons et des concerts et des billets de 5000 ariary suffisent à faire les élections m’a profondément attristé … C’est une vision que je rêve encore de faire évoluer …

Je les vois d’ici: « Ouais, bon, ces gens de la diaspora avec leur suffisance et leurs idées décalées de toutes façons ne connaissent rien et ne comprennent rien aux réalités du pays »… Même pas mal … Même pas peur …

Mais on me connait incorrigible utopiste et optimiste …

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