Le “Fonds de la Diaspora Malagasy” : une diaspora (enfin) impliquée dans le développement des PME gasy ?

Posted on 24 mars 2017

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fonds-d-investissement-argent-financement_5212095Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)

Lors d’un événement CAFE  ZAMA, à Paris le 14 mars dernier, Thierry Rajaona  a présenté au public de la diaspora de Madagascar le Malagasy Investment Fund (MIF). Ce fonds d’investissement cible spécifiquement le financement des PME-PMI de Madagascar et veut attirer les investisseurs nationaux et internationaux (banques, autres institutions financières, fonds d’investissements). Avec la vocation de mobiliser prioritairement les investisseurs malgaches, il souhaite tout particulièrement s’adresser à la diaspora malagasy mondiale à travers un véhicule spécifiquement créé pour collecter et gérer l’argent des malgaches expatriés : le Fonds de la Diaspora Malagasy (FDM).

Le projet MIF répond à cet évident postulat que le développement pérenne de la Grande Ile texte mif 2doit se fonder sur la croissance d’une classe moyenne, condition sine qua none pour porter le marché intérieur. C’est un truisme, la sortie du sous-développement de l’île s’appuie sur l’expansion de l’emploi. Et, parce qu’il est illusoire de penser que ce sont les grands projets pharaoniques de type Ambatovy ou l’aléatoire mise en exploitation des mirifiques ressources pétrolières des Iles Eparses qui feront la richesse de l’Ile et le développement INCLUSIF du pays, il est patent, dans ce sens, que le dynamisme du tissu des PME-PMI, tous secteurs confondus de l’agriculture aux services, assure et assurera toujours le plus gros de la création d‘activité, de la création d’emplois, de la création de richesse… CQFD… Développer ce tissu des PME-PMI, et de fait favoriser leur éclosion, les sécuriser dans les phases de maturation et favoriser et accompagner leur croissance s’avère donc un enjeu crucial si l’on veut espérer sortir le pays de cette spirale de pauvreté qui nous désespère.

texte mif 1« J’ai besoin de 200 millions d’ariary pour embaucher et former 10 informaticiens et autant de téléopérateurs pour satisfaire mes nouveaux marchés de production informatique délocalisés … J’ai besoin de 175 millions d’ariary pour construire mes nouveaux bassins de production piscicole et embaucher dix techniciens »… sont des problématiques réelles auxquelles sont confrontées des structures prometteuses. Faute de moyens financiers, ces ambitions de croissance, dont la satisfaction est cruciale pour la consolidation de notre économie, s’éteignent …Gâchis.

Les PME-PMI malgaches souffrent donc d’un manque crucial de moyens. La faiblesse de leurs fonds propres les empêche d’accéder aux ressources d’un crédit bancaire frileusement vigilant dès qu’il s’agit de prêter des sous à des structures peu dotées en capital : « Moi je ne prête qu’aux  riches, alors si tu veux que je te prête 50 francs montre-moi que t’en as 100 dans ta poche » … Normal … Humain, me direz-vous … Oui,  mais on ne s’en sort pas … Si personne ne sait/veut prendre de risque (calculé), ces PME vont dans le mur .. Et l’emploi aussi va dans le mur … Et le pays va dans le mur …  Il y est déjà diront les méchantes langues… Certains refusent toutefois de se résigner à cette absurde fatalité et sont encore capables de se battre pour tenter de tracer les voies d’un développement éthique, pérenne, durable et INCLUSIF de l’économie du pays… C’est cette volonté que reflète le projet Malagasy Investment  Fund présenté mardi dernier.

Thierry Rajaona, dirigeant du secteur privé malgache, texte mif 3spécialiste de la finance, qui fait
figure de référence en termes de compétence, de probité et de capacité à créer de la valeur a brossé lors de cette réunion une présentation exhaustive de ce projet qui promeut les logiques de capital investissement. Il s’agit d’assurer, dans le court terme, une première levée de fonds de 5 millions d’€uros qui permettront aux PME élues de bénéficier,d’une part, d’apports en capital à travers des prises de participations minoritaires à partir de 50 000 €uros et, d’autre part, d’un accompagnement technique essentiel en termes de gestion et pilotage pour assurer leur crédibilité et leur pérennité.

30% du fonds MIF , soit 1,5 millions d’Euros seraient couverts par ce fonds annexe, dit « Fonds de la Diaspora Malagasy», spécifiquement alimenté par l’épargne des acteurs de la diaspora sur des « tickets d’entrée » à partir de 1 000€. La constitution de ce fonds répond d’abord à une logique solidaire et identitaire. Sans verser dans la culpabilisation ou  la flagellation, il est patent que les membres de la diaspora devraient se sentir, au premier chef, concernés par ce qui peut apporter de l’eau au moulin du développement de la Grande Ile. Quelques réactions de méfiance feront jour : « encore un appel à notre portefeuille » … « encore une initiative qui va tomber à l’eau » … « je ne vais pas affecter mes quelques sous durement épargnés dans un projet à deux balles qui ne bénéficiera  encore qu’à quelques profiteurs » … « je n’ai pas besoin de ça pour agir de moi-même pour mon pays » …  Chacun de ces arguments, respectivement valide en soi, devrait faire l’objet de discussions… En ayant à l’esprit que, au-delà de l’appel citoyen à la solidarité pour le pays, les questions essentielles  devraient pourtant se focaliser  : « L’investissement est- il sécurisé ? Qui me garantit que mes fonds ne seront pas perdus ou spoliés ? Qui me garantit qu’ils seront bien utilisés et qu’ils profiteront aux populations ? Et pourquoi ce placement de mon épargne au pays serait-elle plus intéressant qu’un placement dans un fonds en France ? »

Il est clair qu’à ces interrogations, seule la crédibilité et la confiance accordées au professionnalisme des promoteurs et de leur démarche, peuvent apporter des réponses ABSOLUES. En matière d’investissements,  il serait irresponsable de promettre la sécurité absolue … à moins de conseiller une épargne dans un livret A. Mais le professionnalisme et son corollaire qu’est la volonté de transparence, la volonté de prudence, l’engagement citoyen et le pragmatisme de Thierry Rajaona incitent plutôt largement à la confiance en lui et en son projet. Il sait qu’il devra rassurer tout le monde pour réussir….

Il reste qu’en termes de rentabilité, sur la base de projections prudentes qui laissent entrevoir 15% de ROI, sur lesquels 15% une fois déduits les frais de gestion et droits d’entrée, les coûts d’assurance qui doivent compenser les risques de change et autres risques à l’export ou risques politiques,et en faisant jouer tous les mécanismes de garanties privées ou institutionnelles nécessaires, on peut se laisser espérer jusqu’à 7% de revenu de son épargne … à envisager à l’aune des taux d’intérêts actuels …

Mais, au bout du compte, ce projet qui veut responsabiliser les acteurs de la diaspora en offrant de quoi satisfaire leur  possible sentiment de redevabilité, leur attachement au pays et leur solidarité vis-à-vis de leurs compatriotes, ce projet propose un nouveau terrain d’intervention directe. Mais son enjeu n’est pas anodin : il s‘agit aussi d’affirmer une capacité et volonté à entretenir l’espérance… Cela peut marcher. Il suffit de le vouloir…

20/03/17
Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)

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Posted in: opinions