Le défi de l’emploi des jeunes en Afrique : six idées à RECONSIDERER

Posted on 8 février 2017

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Le défi de l’emploi des jeunes en Afrique : six idées à reconsidérer  afin de nourrir la conception de politiques d’emploi  des jeunes pertinentes

Depuis 15 ans, l’Afrique a connu un rythme de croissance impressionnant (environ 7 % par an) qui ne s’est pourtant pas traduit par une création d’emplois à grande échelle ni un recul de la pauvreté.  Tiré d’un rapport BM intitulé « L’emploi des jeunes en Afrique subsaharienne » (2014), ce document  rappelle les principales idées fausses qu’il convient de corriger sur la question de l’insertion des jeunes pour concevoir des politiques appropriées.

•  « Le chômage urbain constitue le problème central » Si le taux de chômage dans la plupart des pays en Afrique est en réalité très faible c’est parce que les Africains ne peuvent tout simplement pas se permettre d’être sans activité. Les jeunes Africains travaillent, souvent dans les mêmes activités que leurs parents – au sein des exploitations agricoles familiales et de petites entreprises. Cependant, ils sont souvent sous-employés, n’arrivant pas à exercer suffisamment d’activité rémunératrice. Dans les zones rurales, les jeunes peuvent rester des mois entiers sans activité (hors-saison) et dans les zones urbaines, ils attendent parfois longtemps pour que leur activité commerciale soit suffisamment productive, ou qu’un employeur les engage pour quelque temps. Le défi consiste à répondre à ce problème du sous-emploi, afin de permettre à ces jeunes actifs d’être plus productifs, d’augmenter leurs revenus afin d’être indépendants et de fonder une famille.

•  « La croissance que connaît l’Afrique depuis deux décennies n’a pas créé d’emplois pour les jeunes » Cette croissance continue d’environ 5 % par an en moyenne pour la région dans son ensemble a créé beaucoup de nouveaux emplois, mais essentiellement dans le secteur industriel et celui des services. Mais ces secteurs, qui ne représentaient que 5 % en moyenne de la population active au début du siècle, ne pouvaient absorber qu’une très faible part de la population des jeunes actifs, en augmentation croissante, de 3 % par an. En réalité, les secteurs qui ont le plus créé d’emplois pour les jeunes au cours des années passées ont été ceux des entreprises domestiques et de l’agriculture.

Les dispositifs d’appui à l’insertion des jeunes sur le marché du travail en Afrique

•  « Une politique industrielle vigoureuse permettrait de résoudre le défi de l’emploi des jeunes » Si les économies asiatiques ont su créer de très nombreux emplois dans les années 1990 grâce aux secteurs manufacturiers, les pays africains n’ont pas été en mesure de les suivre, faute de disposer de l’éducation de base nécessaire à l’acquisition de compétences techniques. Si la modernisation des économies africaines demeure une nécessité, il n’y a que peu de chances pour que ce processus se traduise dans un proche avenir par un accès massif de la jeunesse africaine à l’emploi salarié dans le secteur manufacturier. Deux tiers des jeunes, environ, devront encore chercher un emploi dans l’agriculture ou dans des entreprises familiales.

•  « Le problème réside dans un manque de formation professionnelle » En dépit d’être la génération la plus instruite que l’Afrique ait connue jusqu’ici, la grande majorité des jeunes sortent du système scolaire avec de très faibles compétences cognitives de base. Une part très importante de jeunes quitte l’école primaire sans maîtriser correctement les compétences de base en lecture et en calcul. Dans un tel contexte, il serait illusoire de penser qu’une politique massive de formation professionnelle puisse être une solution suffisante. Des efforts importants doivent être consentis pour améliorer la qualité et l’accès aux programmes existants de formation professionnelle, mais des actions encore plus importantes doivent être entreprises pour améliorer de façon significative l’éducation de base, afin que les cohortes à venir des jeunes scolarisés puissent bénéficier d’un solide bagage de compétences.

•  « L’agriculture n’offre aucun espoir pour les jeunes » Malgré les trop faibles niveaux actuels de productivité et de revenus, le secteur de l’agriculture familiale continue d’offrir de très nombreuses opportunités d’emplois pour les jeunes. L’Afrique importe encore beaucoup de biens alimentaires, et les prix sont élevés. Sous l’effet de politiques adéquates, le secteur agricole africain pourrait connaître une forte croissance et répondre à la demande régionale et mondiale. Les jeunes peuvent prendre part à ce renouveau de l’agriculture africaine, mais ils doivent pour cela avoir accès aux terres, aux intrants, aux techniques, aux marchés, et au financement.

•  « Le secteur de l’entreprise familiale est une impasse » Les stratégies de création d’emploi devraient se concentrer sur les PME. Dans la très grande majorité des pays africains, les vendeurs de rue, les coiffeurs, les tailleurs, les maçons, et les fabricants d’objets domestiques sont presque toujours de petits entrepreneurs. Ces activités représentent souvent le seul choix possible pour assurer les moyens de subsistance de ces très nombreuses personnes, privées d’un niveau d’éducation et de compétences qui leur permettrait d’obtenir un emploi salarié au sein d’une entreprise moderne. De ce fait, les gouvernements nationaux et locaux devraient faciliter l’auto-entrepreneuriat, soutenir et sécuriser les entreprises familiales, leur fournir de meilleures infrastructures pour augmenter leur productivité.

Source : Louise Fox (Université de Berkeley) et Deon Filmer (économiste principal, Banque mondiale), co-auteurs du rapport «L’emploi des jeunes en Afrique sub-saharienne » (Banque mondiale-AFD, 2014). Consultable (en anglais) sur le site : http://blogs.worldbank.org/jobs/meeting-youth-employment-challenge-africasix-myths

voir aussi : http://ideas4development.org/lemploi-des-jeunes-en-afrique-ce-que-peuvent-faire-les-decideurs-politiques/

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Posted in: opinions