Iles Eparses : Con Gesticulación

Posted on 23 septembre 2014

3


tortue

Espèce protégée et à protéger de tortue malgache qui cherche le salut … symbolique, symbolique …

Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)

 « Les îlots revendiqués par les gouvernements successifs de Madagascar à partir de 1972 ont été des territoires étatiques malgaches et plus précisément des dépendances du Royaume souverain de Madagascar jusqu’à son annexion par la France, le 6 août 1896. […]ils ont été, par la suite, des dépendances administratives de la Grande Ile jusqu’à l’entrée en vigueur du décret du 1er avril 1960. En réalisant le démembrement du territoire national malgache sans consultation préalable du peuple de Madagascar ou de ses représentants élus et au mépris du principe de l’intangibilité des frontières coloniales, le décret du 1er avril 1960 déroge aux principes généraux de la succession d’États.. » [i]

 Voilà …

 Et l’argument qui dénie  un quelconque droit des malgaches sur les Éparses relève d’une profonde imposture. Pourquoi ? … Parce que l’acte de loi de 1896 qui déclare colonie française « […] Madagascar et les îles qui en dépendent « , reconnait de fait la sujétion de ces îles à l’Etat malgache d’avant la colonisation. La seule logique aurait exigé que la déclaration de l’indépendance restitue aux malgaches ces territoires. C’est « je te pique ta bagnole, et  je te la rends sans les accessoires »  …  Allo !!!!

Alors quand le Président malgache revient de Paris en confirmant notre sentiment qu’il n’y avait jamais eu d’alternative réelle au projet de cogestion des Iles Éparses, ça ne peut qu’irriter. Cinq ans de crise pour arriver en conclusion à ce qu’a toujours voulu « reny malala », c’est effectivement pour le moins rageant.

Derrière l’idée de cogestion, certains verront le verre à moitié plein qui liront  « Cogestion = Match nul;  Personne n’a raison. Personne ne renonce à sa souveraineté; c’est quelque part reconnaître que nous, malgaches, avons des droits sur les Éparses ». C’est la vision que défend le politique français et qu’avait à l’époque défendue le Président malgache.

D’autres y verront le verre à moitié vide  qui diront « Cogestion =perte de souveraineté; c’est reconnaître que reny malala a autant de droits que nous sur ces territoires » … Ça,  c’est un peu dur à avaler… Mais il faut aussi prendre conscience que du côté français, d’autres forces politiques rejetteront cette idée strictement sur le même argument : « Si c’est à nous, on ne parle pas de cogestion … Non mais ! … C’est notre territoire, ce sont nos richesses».

Mais en fait, les richesses supposées du territoire des éparses en termes de ressources pétrolières ou gazières ne devraient même pas être véritablement le problème. Au vu de ce à quoi on a assisté jusqu’ici en termes de surexploitation ou de pillage de nos ressources, ces logiques de mise en valeur d’hypothétiques richesses fossiles ou minières  nous inquiéteraient même en termes de préservation de l’environnement et de réalité des retombées pour le pays.

Il s’agit par contre de se poser en défenseur de ce principe : qu’on rende aux malgaches ce qui a appartenu aux malgaches.  Et je laisserai le soin aux experts de débattre longuement par médias et prétoires interposés et d’y fourbir leurs arguties historiques et juridiques.

Et quant aux autres qui glosent sur un registre : « voila bien les malgaches, à pleurer sur ce qu’ils n’ont pas au lieu de valoriser ce qu’ils ont », ceux là sont bien insupportables dans leur mépris quand ils disent : « hé ho, les malgaches … allez donc travailler vos rizières et régler vos problèmes de corruption et de gouvernance avant de venir nous enquiquiner avec votre honneur et votre désir de justice » .. Wep … Sauf qu’en la matière, les malgaches ont, eux aussi, besoin qu’on les reconnaisse dans leur honneur.

Il faut toutefois avoir conscience qu’il y a là une impasse immédiate. S’il n’est pas question que les malgaches renoncent à leur souveraineté,  il sera de même difficile à un gouvernement français, quel qu’il soit, de renoncer à une parcelle du territoire national, fût-elle infime comme c’est le cas pour les îles Éparses ou  fut-elle illégitime. Aucun gouvernement n’osera  affronter et son opinion publique, et son parlement en vue d’une ratification pour rétrocéder à QUI QUE CE SOIT le moindre pouce carré de son territoire national. « Pourquoi imaginez-vous que ce que nous arrivions à avaler ce que vous n’avalez pas vous même ? Un peu d’empathie, enfin !!! »

A moins de l’éclosion d’un gros scandale… Comme celui de la complaisance du gouvernement français  de l’époque  pour les auteurs d’un coup d’Etat qui avait peut être l’avantage de mettre en place un pouvoir favorable à des discussions sur les Éparses.

Mais au fait, quel intérêt pourraient avoir les malgaches quant à une cogestion ? L’exploitation d’hypothétiques ressources pétrolières a-t-on dit  ??? Mais pourquoi diable partager un gâteau qu’ils  pourraient avoir pour eux tous seuls ? D’autant que la résolution de ce conflit ne présente aucune forme d’urgence. Nous sommes dans le temps long … l’Assemblée Générale de l’ONU n’a toujours pas examiné la question qu’elle repousse de session en session .. Et le conflit des Malouines entre l’Argentine et l’Angleterre, lequel conflit fait désormais l’objet de convoitises pétrolières (tiens donc !!!) et se réveille,  n’est toujours pas tranché malgré une guerre dont a su la violence.

Et puis, pourquoi ne se satisferait-on pas d’accords de coopération sur des Iles Éparses reconnues malgaches ? Des accords tels que ceux qui existent aujourd’hui, fixés dans ces « liens d’amitié historique avec la France »,  pourraient parfaitement s’envisager. Ça changerait quoi ? On y traiterait de sécurité régionale, de protection des espèces animales et végétales, de recherche océanographique, de répression de la pêche illégale, de sécurité de la navigation, de lutte contre les pollutions du milieu terrestre et marin, de lutte contre les rejets de déchets industriels ou d’hydrocarbures.

A la rigueur,  protéger ces écosystèmes uniques et fragiles serait une ambition bien plus légitime. Une inscription au « patrimoine mondial naturel et culturel » de l’UNESCO reconnaissant ces îlots au plan international comme sanctuaires à la « valeur universelle exceptionnelle » avérerait quand même bien venue pour mettre tout le monde d’accord… Pour un temps.

Mais bon … Pour ça, il faut un peu de courage, de vision, d’affirmation … Et pas seulement de l’intelligence tactique : un alignement négocié ne voulant probablement que satisfaire  des logiques cruciales de politique intérieure malgache ne résoudra rien sur le long terme… et n’attisera que des frustrations …

Bien à vous tous

Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)

[i] selon André Oraison – Enseignant en Droit Public de l’Université de la Réunion – in « Radioscopie de la Querelle Franco Malgache sur les Iles Eparses du Canal de Mozambique » . Le document de référence sur le sujet

Posted in: opinions