Le terrain d’Otokar

Posted on 17 mai 2014

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mitoyennete

 

Fantaisie Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)

Otokar et sa famille disposaient d’un terrain. Un certain Canfre est arrivé un jour et s’est approprié manu militari le terrain en question. Les années passant, le terrain en question devenant plus couteux à valoriser et difficile à exploiter, Canfre a décidé de restituer à Otokar son bien. Toutefois, l’acte de propriété que Otokar avait reçu en même temps que son sceptre de pouvoir, comportait en filigrane une clause particulièrement perverse : le terrain original avait été amputé, lors de la restitution, d’une certaine parcelle Jaune à laquelle la famille Canfre et son chef portaient un intérêt tout particulier.

Quand les héritiers de Otokar se sont enfin préoccupés de faire valoir leurs droits sur cette parcelle, ils se sont heurtés bien évidemment à un refus catégorique de la part des Canfre « Ca va pas, non ?! Z’êtes qui vous d’abord ??? Y a certainement pas matière à contester notre propriété sur la parcelle Jaune »

Bon an mal an, les uns et les autres se sont satisfaits d’un certain statu quo. Le terrain en friche accueillait les oiseaux et les scientifiques venus les observer. Les Otokar, de toutes façons,  n’avaient pas vraiment les moyens financiers à investir pour reconquérir cette parcelle et l’exploiter. Ils galéraient déjà suffisamment à coté.

Et puis les choses ont commencé à se compliquer quand des géologues et des prospecteurs sont venus évaluer les richesses potentielles de la région. La famille Canfre s’est aussitôt empressée de mettre une clôture pour fixer les limites de la parcelle Jaune.

Il faut tout de même dire que le juge appelé à trancher le litige a laissé traîner l’affaire. Il faut aussi dire que la mauvaise foi de la famille Canfre et ses appuis lui permettaient de faire jouer tous les artifices de la procédure. Mais il est probable que des cousins de Otokar, se soient quand même un (tout petit) peu laissé acheter leur silence. Certains, dont peut être le chef de famille lui-même, derrière des gesticulations de façade, ont voire négocié pour fixer, peut être à leur bénéfice mais, de toutes façons,  à l’insu de leur famille, les limites de la clôture des Canfre.

Et puis les géologues ont commencé à laisser entrevoir des perspectives d’enrichissement mirifiques. On allait pouvoir creuser des puits de pétrole. L’or noir allait jaillir à flots.

Waaahhh … Les Canfre et certains des Otokar se réjouissaient déjà, chacun dans leur coin, à l’idée des limousines et des Porsche Cayenne qu’ils allaient pouvoir s’offrir.

Et patatras… Les banquiers et les prospecteurs ont bien vit douché leur enthousiasme : « Messieurs, il n’est pas question de financer et de creuser des puits tant que vous ne serez pas mis d’accord sur vos limites de terrain respectives. Montrez nous donc le contrat qui nous assurera de votre bonne foi mutuelle. On connait la chanson. C’est pas quand on aura commencé à investir que vous allez nous dire que les problèmes de royalties restent à régler. ».

Ah …ben … les voila donc forcés de négocier.

Mais le chef de famille Otokar, détenteur de l’autorité, s’est montré trop gourmand. On lui proposait de partager le gâteau. Lui en voulait toujours plus. Les Canfre se sont alors alliés à certains jeunes cousins Otokar pour lui piquer son sceptre, symbole de son pouvoir. « Il est temps d’écarter cet ainé trop gourmand et empêcheur de tourner en rond…. » … Ce qui fut fait … vite fait …

Mais la lutte pour la succession d’Otokar fut rude … Cinq longues années ont été nécessaires pour qu’un représentant d’une honorabilité suffisante puisse enfin prendre l’autorité sur la famille … Et permettre au bout du compte conclure ce contrat de co-gestion pour partager le fruit de l’exploitation de la parcelle Jaune.

Le nouveau chef Otokar, endetté jusqu’au cou, s’est empressé de bafouiller à sa famille « ce contrat avec les Canfre ne remet pas en question nos droits inaliénables sur notre terre … D’ailleurs si les Canfre veulent le conclure, c’est que implicitement et intrinsèquement, les Canfre nous reconnaissent nos droits anciens … Pourquoi devrions nous nous en priver ? » …

Les Canfre étaient contents … Certains des Otokar l’étaient aussi. D’autres avaient le sentiment de s’être faits gruger. D’autres encore des Otokar qui s’accrochaient à l’idée d’une restitution de leur bien ancestral, se mettaient le doigt dans l’œil : aucun chef de clan des Canfre, comme aucun autre chef de clan n’importe où dans le monde – à part chez les Otokar – ne pourra jamais affronter sa famille sur la cession d’un pouce carré du patrimoine foncier familial… Même pas la peine d’essayer braver le conseil de famille sur ce sujet.

Mais baaahhh …Finalement … On allait pouvoir parachever ce fameux contrat entre les Canfr’e et les Otokar … Les banquiers et les prospecteurs allaient définitivement être rassurés… Et on allait enfin pouvoir s’occuper de choses sérieuses.…

L’histoire ne dit pas s’ils furent heureux et s’ils eurent beaucoup d’enfants.

NDA : Toute ressemblance avec des personnages ou des faits existant ou ayant existé ne serait que pure coïncidence

Patrick Rakotomalala (lalatiana pitchboule)

Mai 2014

 

Posted in: opinions