Chronique de l’imbecilité et de l’irresponsabilité criminelle

Posted on 11 février 2014

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Help Hopital

Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)

C’est un coup de colère contre l’incurie de ceux là qui, sur des logiques à vomir  d’enrichissement personnel et de détournements de fonds, ou sur des logiques d’ambition et de préservation mesquine et imbécile de leur petite sphère de pouvoir, au lieu d’être au service du public,  se rendent coupables, pour le moins, de non assistance à personne en danger … Et si je vais jusqu’au bout de ma logique, je les accuse d’assassinat et de crime contre l’humanité.

C’est l’histoire d’un projet qui aurait du avoir du sens.

La drépanocytose est une saleté de maladie comme toutes les saletés de maladies. Celle là est au nombre de celles qui ne se guérissent pas. On ne peut seulement que la soulager.  Maladie de la douleur, elle condamne ses victimes, quand la crise se déclenche, à d’atroces souffrances que les anti douleurs morphiniques les plus forts peuvent à peine atténuer.

Maladie du sang elle peut mener, dans son expression aggravée, à l’accident vasculaire cérébral ou à l’accident cardiaque.

Maladie d’une violence absolue, elle voit naître en Afrique 300 000 enfants atteint d’un syndrome drépanocytaire majeur (SDM) par an[i];  4 de ces enfants sur cinq mourront  avant l’âge de 5 ans ; 1 malade sur 10 subira un accident cérébral avant vingt ans ; de ceux qui survivront, seul  1 malade sur 2 atteindra l’âge de 50  ans ;  A-t-on jamais imaginé un enfant de moins de cinq ans faire un AVC ? C’est pourtant le cas …faute de dépistage, faute d’information, faute de traitement de prévention, faute de traitement de  soulagement …

Maladie de l’ignorance, elle exige un effort urgent d’information du public et des familles parce qu’elle reste sinon affublée de croyances en des maléfices qui stigmatisent les familles et les malades. Maladie caractéristique des problèmes de santé publique, elle ne peut être oubliée dans des logiques de développement d’une nation. Cette saleté, largement répandue implique des mesures d’information, de formation, de prévention et de traitement ainsi qu’une mobilisation de services d’urgence et de pédiatrie et de tous les secteurs de soins pluridisciplinaires, car elle est multisectorielle (cardiaque, pneumologique, transfusionnelle, neurologique, néo-natale, …). La morbidité, la mortalité qu’elle traîne dans son sillage sont liées à la défaillance d’un système sanitaire, économique, politique et social.

Maladie de la pauvreté, elle ruine ceux qu’elle accule à un endettement et à des soins à vie.

Certains ont engagé leur vie à lutter contre cette saleté.

L’ONG  LCDMF, sous l’impulsion vigoureuse de sa  présidente,  s’est lancée avec rage dans une campagne de lutte contre cette maladie. Elle a assuré depuis sa création il y a 5 ans à Madagascar la prise en charge de quelques 6200 malades sur une campagne de dépistage  qui a concerné plusieurs dizaines de milliers de personnes. Soutenus par des sommités médicales de renommée mondiale, les bénévoles de l’ONG,  médecins, parents de jeunes malades, volontaires sympathisants,  se sont jetés de manière éperdue dans une bataille où l’information des familles, le dépistage néonatal, les traitements de soulagement, l’éducation et la sensibilisation peuvent prévenir si ce n’est soulager les crises et réduire la morbidité.

Il ne s’agira pas de faire la promotion de l’ONG en question ici. La générosité et l’engagement BENEVOLE de ses membres s’en passent. Mais bien de dénoncer un scandale criminel. Des intérêts financiers particuliers, des volontés d’enrichissement de certains, des postures guidées par des conflits d’ambition de certains représentants des pouvoirs publics, de responsables locaux ou nationaux des services de santé, mettent en péril la vie d’enfants… Pardon … ne mettent pas en péril …. TUENT des malades, enfants et adultes,  en mettant des bâtons dans les roues des opérationnels de LCDMF et en en sabotant les initiatives. Peut-on espérer qu’il ne s’agisse que d’Irresponsabilité, d’incompétence ou d’Inconscience?

La Région de Vatovavy Fitovinany, au  Sud Est de Madagascar, est une région ou la prévalence de la drépanocytose est extrêmement forte. C’était le territoire légitime, sur cette zone de l’Océan Indien, pour monter, sur des financements  internationaux collectés par l’ONG LCDMF, un Centre Pilote de sensibilisation, de traitement, de dépistage et de soins de la drépanocytose. C’était un projet qui avait du sens. 1 milliard d’ariary  ont été mobilisés pour bâtir, équiper, faire fonctionner sur trois ans le CRPCD [ii]Manakara en question.

Le projet a bien évidemment fait des envieux … Les sommes en jeu  ont bien évidemment attisé des appétits et  éveillé quelques ambitions et idées  de profit. Leur gestion a été largement confiée aux services de santé publique [iii]qui insistaient pour en avoir la maîtrise. On sait désormais  le résultat [iv]de ces actions menées en dépit du bon sens et à  l’encontre des préconisations des gens de terrain.

En termes de politique publique, un principe absolu de responsabilité devrait être de mise : l’irresponsabilité prend en otage le … public. Ce sont des milliers de personnes qui voient mise en jeu leur survie quotidienne quand un responsable de quelque niveau qu’il soit n’assume pas ce qui fait l’essence de sa fonction : servir et préserver le bien commun.

Mais en termes de SANTE PUBLIQUE, l’écho est en l’occurrence d’une violence extrême : il s’agit directement de vie ou de mort de malades … et d’enfants.

Certains sont aujourd’hui à commémorer les morts du 7 Février 2009 en parlant de leur prétendu « assassin » …

Comment qualifieraient ils ces responsable d’un service public de santé qui usent des fonds destinés à la construction d’un centre de soins pour le bâtir de manière tellement anarchique ( bien probablement avec des inférences corruptives), IMG_1888qu’il soit désormais nécessaire de le rebâtir … et repousser les délais de mise en service .. et repousser les délais de fournitures de soins à ceux qui en ont besoin au péril de leur vie…. L’avenir nous dira combien sont morts de ne pas avoir bénéficié en temps et en heure des traitements nécessaires qui leur étaient pourtant financés.

Que direz-vous de ceux qui détournent les médicaments censés être gratuits pour soulager les plus pauvres afin de les vendre à ceux qui en ont (ou pas) les moyens… En mettant en péril la vie d’enfants qui auraient pu être soulagés. Que direz-vous de ceux qui doutent de l’intérêt de la mise en place de structures de proximité pour que les malades puissent jouir de soins sans avoir à se déplacer de centaines de kilomètres pour bénéficier d’un traitement. Racisme social ? « Ces pauvres n’ont qu’à venir en centre régional …Ah ils ne peuvent pas se déplacer ??? Ils n’ont qu’à rester chez eux …Ah, ils peuvent souffrir ou mourir faute de soins ??? Tant pis… » Criminels ??? … Assurément …

C’est tout simplement Honteux, Révoltant, Insupportable …

Alors oui .. J’accuse … J’accuse ces individus de crime contre le peuple malgache et contre l’humanité. J’accuse parce que ces comportements criminels relèvent ni plus ni moins d’un jury d’assises et non pas seulement de logique de responsabilité civile … Il s‘agit de dizaines de milliers de malades ou de centaines de morts.  Des gouvernements sont tombés pour moins que cela.

S’agit-il seulement d’incompétence ?… Ou d’irresponsabilité ?… Ou de cynisme ? Peu nous chaut … Ces comportements sont définitivement à bannir. Et là il est hors de question de seulement s’indigner. Il s’agit d’accuser. Et de dire CA SUFFIT …IMG_1887

Ce genre d’histoires n’est malheureusement que trop courante chez nous. On les voit se développer à tous les stades de l’administration, dans toutes les strates de la vie politique. Le  plan SIDA a probablement souffert des mêmes dérives. La lutte contre la dernière épidémie de choléra avait parait-il vu de la même manière des doses de traitements bloqués par de sordides logiques prétendument « administratives ». C’est à hurler de rage. En a-t-on fait un bilan ? Qu’a-t-on fait de cet argent destiné sensément à soigner les plus démunis? Et si on tolère ces détournements, ces actes de corruption, ayons en tête que chaque centaine de milliers d’ariary détournée de sa destination publique par un quelconque cacique, fonctionnaire, ou même simple citoyen  représente un mois de traitement d’un enfant malade (antibiothérapie, antalgiques, acide folique, eau, compléments alimentaires …) … et qu’il s’agit de vies que l’on prend en otages…  Il est temps de le dénoncer … Notre président a dit s’engager contre la corruption. On l’attend

Des esprits « brillants » se  sont gargarisés d’un FITIAVANA dans la devise de la 4eme République … Si on ne parlait pas stupidement d’amour mais simplement de respect, de responsabilité  vis-à-vis de l’autre. De respect de soi-même … Nous ne sommes pas des Babakoto parait-il. Sur ces coups là, il serait temps de le prouver … Il serait temps d’affirmer qu’on est capable de ne plus s’attacher à nos besoins primaires pour prendre pleinement nos responsabilités sociétales.

Le pays n’en serait pas là où il en est, si ce genre de comportements n’était pas banalisé. A quand un projet de loi qui instaurerait la notion de Crime Economique contre la population ?

Et qu’on ne vienne pas nous parler de Fihavanana … Sordide hypocrisie.

Bien à vous tous

Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)


[i] A Madagascar, on caractérise statistiquement 180 porteurs de la maladie sur 2000 enfants de 0 à 5 ans ; 23 d’entre eux souffrent d’un SDM (syndrome drepanocytaire majeur)

[ii] Centre de Référence sur la Prise en Charge de la Drépanocytose

[iii] L’UGP a reçu précisément de la DCI de Monaco une dotation de 220 000€ pour la création, l’équipement, les frais administratifs ( ?) et les activités du programme. Les fonds attribués par Pierre Fabre ont été directement gérés par LCDMF.

[iv] Ne cherchez pas à retourner la photo. Le plafond qui tombe est bien en haut de l’image. Et les fenêtres sont bien montées en dépit du « bons sens ».

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