1er tour des élections : Déclic et des claques …

Posted on 9 novembre 2013

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Jiro kely

Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)

J’ai adoré ce premier tour des élections présidentielles malgaches. J’aime avoir assisté ici à un vrai déclic démocratique. J’y croyais suffisamment pour avoir participé  au projet d’un parti Vert qui émergerait d’un sursaut citoyen. Sursaut il y a eu… Pas nécessairement en notre faveur. Mais ce sursaut a été là.

Distribution de baffes …

Foin de toutes ces analyses savantes d’avant 25 Octobre. De celles des Cassandre qui prédisaient le chaos dans une configuration où une marche forcée vers les élections mal préparées devait nécessairement mener à une nouvelle crise.

Aux oubliettes l’initiative FFKM qui défendait la thèse  d’une transition rallongée d’une préalable réconciliation entre les 4 Dalton. Celle là non plus ne croyait pas le peuple capable d’un vote de responsabilité.  On ne les entend plus désormais.

Contredites les prédictions qui craignaient déjà un « premier tour dia vita » tripatouillé au bénéfice de Fery Vaovao et démolies les hypothèses de guerre civile au soir du 1er tour.

Ridiculisées les assertions de ces sachants méprisants convaincus que ce peuple inculte  ne pouvait que suivre les injonctions du dernier payeur « ces ignares qui ne méritent pas le droit de vote, voteront pour celui qui leur offrira de l’argent et des tee shirts »… Quand je pense aux milliards d’ariary jetés par Fery Vaovao dans sa campagne. Quelle belle claque il s’est prise celui là, malgré ses affluences massives achetées dans les stades et autres Coliseum…

Cette élection aura aussi permis de prouver formellement aux yeux de la C.I et aussi de certains acteurs aveugles que la prétendue  révolution populaire de 2009 n’était qu’un vulgaire coup d’Etat auquel le peuple de la capitale ne s’était pas prêté. Les mouvements de foule du 19 fevrier2011 et du 21 Janvier 2012 vers Ivato n’avaient pas suffi. Il fallait une matérialisation officielle de cette opinion pour faire taire  la mauvaise foi. Le peuple, tout au moins celui de la capitale, ne l’a pas manquée, qui, dans une grande victoire, a prouvé aux yeux du monde politique malgache et aux yeux des observateurs étrangers, qu’il était capable d’assumer pleinement sa responsabilité démocratique.

Baffe encore à cette diplomatie française d’arrière garde. Notre « ami » Chataignier doit en avoir les oreilles qui sifflent encore de cette claque, lui qui, aveuglé par ses lobbys économiques locaux (qui ne doivent pas en mener bien large eux non plus)  a longtemps prétendu que la base de Ravalomanana n’existait pas et qui a un (trop long) moment cru que Rajoelina était un révolutionnaire romantique. Bravo et merci le peuple d’Antananarivo de cette énorme gifle à ces incompétents impotents sourds et aveugles.

Baffe à ces opérateurs qui ont soutenu le coup d’Etat et appuyé financièrement la campagne de Fery Vaovao terrorisés par le retour de celui qu’ils ont fait virer en 2009. Ceux doivent se sentir un peu à l’étroit dans leurs souliers eux aussi en ayant en plus vidé leur portefeuille à perte. Bravo le peuple capable ici d’ébranler leurs  arrogantes certitudes.

Malgré les réels et inquiétants problèmes de listes, le taux de participation ne laisse aucun doute quant à l’enthousiasme populaire et, malgré de trop évidents et grossiers maquillages dans les bureaux des zones enclavées, les résultats et leur constance statistique projettent la réalité de rapports de forces politiques.

Et malgré ces trop nombreuses imperfections, cette élection à mon sens fera date dans les annales de la démocratie malgache. Je suis un romantique optimiste forcené, me reproche t on. Mais j’ai le sentiment  que le VRAI  peuple dans sa pleine identité a ici souverainement  mis tout le monde d’accord et, cerise sur le gâteau, a pris conscience de sa voix…. Et de sa capacité de sanction

Au cœur d’un bureau populaire lors de la soirée électorale, je peux témoigner de l’enthousiasme de nos citoyens vis-à-vis du processus. Et de leur respect des résultats. Magnifique illustration de démocratie populaire ou chaque bulletin annoncé faisait l’objet d’une joyeuse approbation. Et où les applaudissements chaleureux et généraux  ponctuant chaque (rare) voix émise pour certains candidats tels que Vahömbey signifiaient bien que le choix des électeurs s’était opéré en toute connaissance de cause, en toute connaissance des acteurs et en pleine conscience des enjeux.

Une vielle dame assesseur dans un bureau d’Antanimena me disait « C’est n’importe quoi ces listes. On se demande bien pourquoi ils n’ont pas fait confiance aux fokontany. Il y a peut être bien eu des velléités de triche, mais ils n’y sont pas arrivés. Et pour la prochaine fois, nous serons encore mieux préparés et ce sera parfait. Je vous le promet » … Douce promesse. Ils savent. Ils sauront et ne se laisseront plus faire, on peut l’espérer. Ils prennent conscience du poids de leur parole. Ca laisse augurer de bonnes choses pour la démocratie et la gouvernance.

Ces 5 ans qui ont frustré le peuple de sa voix, l’auront vu transformer cette spoliation en énergie positive. Alors que certains se sont réfugiés dans un fatalisme désabusé teinté d’un pseudo réalisme le peuple malgache, lui, a matérialisé son souhait de sortie de crise dans un vote « massif » … à la grande surprise de certains « avisés » observateurs qui ne projetaient pas plus de 45% de taux de participation.

C’est un premier pas … Ce pas là a engagé une dynamique qui laisse augurer une mobilisation encore plus forte au deuxième tour.

Cette élection à 33 candidats dans une configuration pour le moins improbable n’a pas vu qu’une mobilisation des électeurs. Elle a mobilisé aussi de nouvelles expressions au sein de la société civile qui ont trouvé ici pleinement leur rôle. Les initiatives tant sur le terrain qu’à travers les médias et les réseaux sociaux ont été là pour informer, éduquer, contrôler, analyser… De manière imparfaite ou maladroite, certes. Mais l’envie et l’enthousiasme étaient là aussi. L’expérience devrait permettre que les choses soient mieux contrôlées par la suite.

Claque aux professionnels de la triche

C’est aussi, on peut l’espérer, faire prendre conscience aux futurs élus de la capacité de sanction d’un peuple enfin maître de sa voix. C’est leur faire prendre conscience de leur redevabilité vis-à-vis de la nation. Les dirigeants devront désormais gouverner en sachant une population soucieuse de sa liberté, maître de son choix et de sa parole, et qui aura prouvé ici que les milliards et les tee-shirts ne faisaient pas une victoire.

Il s’agit d’une vraie leçon donnée par les malgaches aux élites politiques et économiques. Nous pouvons en être fiers. C’est une nouvelle donne qui doit faire prendre conscience à tous ceux là qu’il est peut être révolu le temps où ces élites  corrompues pouvaient prétendre agir au nom d’un vahoaka qu’elles connaissaient si peu qu’elles croyaient pouvoir le manipuler au gré de leurs mascarades.

D’autant qu’il est probable que les problèmes de listes aient concerné en particulier les partisans de la mouvance Ravalomanana.  Ceux là, ballotés de consignes d’abstention en déni du processus électoral,  ne s’étaient pas non plus fait identifier lors du pseudo référendum de 2010 et ne se sont pas  donné la peine de vérifier leur bonne inscription sur les listes.

Déclic de la C.I

La clarté des  opinions rebat les cartes. On peut espérer que les tordus entendent enfin a minima raison sous l’œil désormais vigilant d’une C.I qui dispose enfin d’une cartographie des forces en présence et ne se laissera plus balader, en pouvant jouer de la menace des sanctions individuelles en cas de tripatouillage qui seront mises en balance des perspectives d’une réouverture des financements,

Tripatouillages il ya eu. Mais la suite sera plus difficile à maquiller. Parce que la C.I et la SADC en particulier sortent de là pour le moment grands vainqueurs de cette élection. Malgré les critiques, malgré les dysfonctionnements, la façon dont s’est déroulé le scrutin, au grand honneur du peuple malgache dans sa dignité et sa mobilisation, redore un peu le blason passablement terni des instances internationales et africaines en mal de légitimité et d’efficacité.

Un nouveau schéma est en train de se dessiner. Les financements campagne aberrants ont déjà été pointés ; Un nouvel hold-up flagrant risquerait une sanction immédiate. Certains, dont certaines franges de l’armée en particulier, devraient le prendre en compte et se plier à la réalité du vote.

Les enjeux stratégiques et géopolitiques et en particulier les intérêts de la France devraient de nouveau selon toute vraisemblance se faire valoir. Mais le « succès » des élections est bien plus le succès de l’UE, de l’UA et de l’ONU qu’un succès de l’OIF. La France serait marginalisée dans le processus et on peut raisonnablement croire en sa neutralité. Une nouvelle RealPolitik est probablement en train de se dessiner.

Un déclic démocratique ?

J’ai  le sentiment que les têtes élues se réfèreront désormais de leurs résultats. Ceux là sont là pour définir le cadre de futures négociations. On a peut être là l’occasion de voir forgées des alliances plus stables parce que fondées non pas sur la base de copinages, mais sur la base d’audiences caractérisées et de constitution d’une majorité de pouvoir.

J’écrivais en Janvier 2012 dans « 50 ans de transition », en m’appuyant sur le modèle de développement de la démocratie de D. Rustow

« L’approche de Dankwart Rustow [2], pour réductrice qu’elle soit parfois,  me séduit parce qu’elle offre un modèle alternatif qui  nie dans sa dynamique la prééminence des fondamentaux socio-économiques évoqués plus haut. Elle décrit en particulier, comme pré-condition essentielle au passage à la démocratie,  la formation d’un sentiment national  et d’une identité nationale forts [3], thèse qui me convient tout particulièrement. Et pour cause …  

La deuxième condition/phase est l’existence d’une crise politique prolongée et insoluble qui voit s’ouvrir une fenêtre d’opportunité à la démocratisation quand un constat absolu d’impasse au conflit est établi. Ca, on connaît …

La troisième phase est une phase de « Décision » qui émerge quand les acteurs, constatant l’impasse du conflit après avoir épuisé toutes les solutions, sont contraints de NEGOCIER un compromis et des règles démocratiques. Là, il va falloir faire en sorte que les pseudo élites en question se sentent suffisamment étranglées par un réveil civique et militant avant que le pays n’ait lui-même trépassé.

La dernière phase dite de « Consolidation » s’établit enfin qui voit les règles du jeu démocratiques se faire peu à peu routinières, dans une période de sélection/éducation et reconnaissance réciproque des acteurs et d’apprentissage – acceptation des règles.[4]

Au regard de ce processus théorique, la catastrophique crise actuelle serait donc une opportunité pour le pays. C’est un comble me direz vous. Mais l’histoire n’est elle pas faite de ce genre de « curiosités » ?

L’illustration du modèle est là… Le déclic est en train de s’opérer.

Il ne tient qu’à nous de le confirmer.

Pour que vive Madagascar

Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)
8 Novembre 2013

Dépouillement

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