Demokrasia et Les Grands Entreprendreurs …

Posted on 23 septembre 2013

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Toxinedanslesailerons

Demokrasia et Les Grands Entreprendreurs (*) …

Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana Pitchboule)

Nous avons « affaire » à Madagascar à une classe de grands entreprendreurs à l’évidente sagacité capitaliste. Leur logique économique est absolument naturelle : d’abord je thésaurise, puis j’investis mon capital pour le faire fructifier, et enfin je tire des bénéfices substantiels pour pouvoir  thésauriser et réinvestir de nouveau. On peut augurer de leur parfaite réussite. Un grand entreprendeur a une passion et une vocation «Je veux et dois prendre le plus rapidement possible, le plus d’argent possible »… Saine ambition, me direz-vous…

L’entreprendreur, à l’inverse de l’entrepreneur, a travaillé très très dur tout au long de ces 4 dernières années de transition. Il a dû batailler ferme  pour thésauriser ses premiers fonds. Il s’est battu avec acharnement pour tisser ses réseaux mafieux, maquiller les marchés publics, négocier de juteuses conventions avec des grands investisseurs prédateurs étrangers, brider les initiatives de sortie de crise, jouer des coudes au milieu de cette jungle de rivaux pour défendre ses positions. En bref il a dépensé une énergie « louable » pour se constituer ce capital qu’il savait devoir réinvestir à terme dans cette future opération juteuse : les élections. Ces élections et le pouvoir afférent qui sont censés lui assurer la multiplication et la pérennisation des revenus de son « investissement ».

Il est seulement regrettable que ce capital se soit bâti sur le dos des populations.

Mais enfin …

Il faut toutefois accorder au grand entreprendreur que le montant de l’investissement à engager dans cette campagne électorale n’est rien moins que très conséquent. Faute d’une légitimité naturelle, au regard des cinq années de crise, de promesses démenties, de misère et d’espoirs bafoués, subies par des populations ulcérées au spectacle des gabegies du pouvoir, faute d’un discours audible par manque de crédibilité ( 5 ans d’incompétence et d’incurie constatées, ça va être dur à faire oublier), faute de porter un vrai projet politique, il ne reste  au grand entreprendeur qu’une option en termes de stratégie d’investissement dans cette campagne : arroser, arroser, et encore arroser.

Wep … mais arroser le sable n’y a jamais rien fait pousser.

Les montants investis dans la campagne sont d’autant plus invraisemblables qu’ils sont à la mesure de la concurrence acharnée que tous ces grands entreprendreurs sont en train de se livrer entre eux. Ils doivent dans la course être le plus haut possible en termes de résultats pour pouvoir négocier les ralliements d’un deuxième tour. L’enjeu final étant, de toutes façons, de maintenir au pouvoir une clique qui n’aura pas à rendre compte des exactions des 4 années passées.

Il est clair que ces élections sont une aubaine. La mise en place du processus électoral à Madagascar aura eu un intérêt certain pour le pays : l’injection massive dans l’économie de fonds de campagne,, mais aussi de fonds internationaux, à des niveaux encore jamais atteints.

Election Business : les gros budgets engagés par l’UE et les organisations internationales pour la logistique de leurs 200 ( ?) observateurs (ordinateurs, 4×4 et chauffeurs, hébergement, transport aérien,…) en l’occurrence transformés en super consommateurs sur un séjour de longue durée ou le coût du support des observateurs de la société civile sont autant de liquidités injectées dans l’économie locale au bénéfice de petits et moyens opérateurs ravis de l’aubaine.

Les moyens mis en œuvre par les candidats entreprendreurs directement sont évidemment énormes pour  satisfaire leur volonté de hold up : sièges de campagnes, staffing d’équipes (directeurs de campagne, directeurs de communication, webmasters et développeurs, groupes artistiques … ), mobilisation de moyens de transports terrestres (transport de « troupes » en 4×4 et autres,  mais aussi de  matériel de campagne : estrades, sonorisation, …) … Et aériens … L’autorité de l’Aviation Civile de Madagascar s’est crue obligée d’intervenir au vu des intentions d’importations d’avions et d’hélicoptères. Quand pour un candidat on dit mobiliser 3 hélicoptères et 2 ATR 42 pour la campagne, on imagine raisonnablement voir arriver sur la place une trentaine de nouvelles machines volantes pour assurer le déplacement sur le terrain de tous ces gens … Rappelez moi quels sont les effectifs en matériels d’Air Mad, déjà…

Et à ces dépenses somptuaires, il faut bien évidemment rajouter les achats à outrance d’espaces médias, eux aussi grands bénéficiaires de l’opération dans un système où la moindre ligne dans un journal, la moindre minute sur un média télé ou radio, en dehors du minimum syndical(*)  sur le service public RNM et TVM,  fait l’objet d’un achat… Journalisme d’information neutre, disiez vous?  Non, la communication écrite de campagne est désormais de la publicité rédactionnelle.

Sur le volet b(l)ack-office,  l’un des membres du service d’ordre d’un candidat entreprendreur adossé à un très riche soutien rapporte avoir à sa disposition pour chacun des meetings auquel il participe des valises de billets qui leur permettent de distribuer 5000 à 10 000 ariary  aux auditeurs de leurs meetings. Procédé éminemment choquant, profondément méprisant des gens, qui table sur leur pauvreté en niant leur identité citoyenne.  Mais l’essentiel est ici d’afficher des images d’une affluence évidemment artificielle qui leur permettront de justifier des résultats tripatouillés. « Comment ça pas normal qu’on ait  gagné au 1er tour ? Hold up ??? Non, mais vous avez vu les foules qu’on drainait ??? Vous avez vu notre audience web ??? » …

Les malgaches dans leur pauvreté ne sont pas dupes. Mais si certains peuvent se dire « je prends ton oseille et tire toi*, parce que derrière l’isoloir je serai seul », d’autres profondément choqués et convaincus que l’affaire sera pliée par cette corruption, s’abstiendront d’aller voter.

Dans cette configuration un hold-up au 1er tour est à craindre.

Les  sommes mises en jeu sont donc pharaoniques et profondément choquantes au regard de la misère ambiante. Le gros business et les gros trafics sont évidemment derrière. Les fortunes accumulées par des procédés mafieux pendant ces 5 ans de transition ont été bâties pour cet objectif : renouveler leur cambriolage.

Le parti du pouvoir de la transition semble aux abois, et ils ont décidé de mettre le (très gros) paquet pour tenter de verrouiller la conservation du pouvoir. Les entreprendreurs vont se déchirer entre eux, mais au bout du compte s’entendre sur le dos du pays. C’est une bataille délirante qui est en train de s’engager à coups de millions de dollars de la part de certains.

Les coûts de campagne étaient envisagés à 2-3 millions de $ il y a encore quelques mois. On estime que la campagne de Hery serait  désormais de l’ordre de 15-20 millions de $ !!!

On risque un hold-up de la part de ces entreprendreurs. Nous le savons. Nous voulions ces élections. Nous en connaissons les risques. Nous les assumons pleinement. Mais nous croyons à un sursaut. A un réveil citoyen. A l’expression d’un ras le bol qui veuille effectivement renouveler nos pratiques politiques. A une levée d’un mouvement de masse qui puisse contrôler par sa mobilisation la vérité du scrutin.

Mais ceci est un autre sujet.

Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) – 23 Septembre 2013

(*) l’entreprendreur prend indûment.

(**) En référence au film de Woody Allen « prends l’oseille et tire-toi »

 

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