Chroniques de Ragidro : Libre Expression des Idées hoy izy

Posted on 22 septembre 2013

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Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)

A Madagascar est une abstraction qu’ils appellent Demokrasia…

C’est un objet bizarre dans la maison des malgaches…  C’est une urne qu’on veut laisser sur un coin d’étagère. Elle est là. On la devine. Mais on n’en discutera pas. Objet honteux ou Objet de pudeur.  « Je rêve d’un  principe, mais il est préférable que les gens ne sachent pas à quoi je voudrais qu’il ressemble ».

Ceux là nous disent : « Nous sommes avec vous, nous vous soutenons. Mais nous ne pouvons afficher notre engagement. Les gens ne comprendraient pas. Nous ne pouvons pas prendre le risque de les choquer ».

Est-ce par souci de ne pas blesser l’autre ? Serait cela qu’on appelle Fihavanana ?

La posture est largement compréhensible et légitime. « Je ne vais pas me laisser bouffer par cet exercice  chronophage et énergivore : me battre pour garder la confiance et l’adhésion de ceux qui ne seraient pas de mon avis, m’épuiser à remettre les choses à leur place et à expliquer ». Ou encore : « Je ne vais me mettre à dos ceux qui considèrent qu’il est indécent de donner son avis ».  Et encore plus loin : « l’opinion de l’autre me gêne si elle est affichée. On pourrait me demander des comptes :  Alors comme ça il parait que ton patron milite pour le parti ? »

Ne pas se mettre en danger est la posture adoptée. Mais n’entretient on pas une profonde et absurde hypocrisie ? Ou est ce un problème d’image de soi et d’affirmation de soi ? Le respect de l’autre peut il donc se passer du respect de soi même et de la déclaration de ses opinions?

Respecter l’opinion de l’autre c’est pourtant accepter l’altérité. Non. Ici, il ne faut surtout pas prendre le risque de s’affirmer en opposition avec la bienséance. Cette bienséance qui nous dit «n’exprime pas en public ce que tu penses». Mais n’est ce pas là que le bât blesse quant à notre vision de la démocratie : craindre le regard de l’autre,  ne pas dissocier ce qui relève de la sphère intime (la conviction politique) de la sphère civile, de la sphère professionnelle, de la sphère affective. « Mon rôle et ma position sociale, ma responsabilité, mon business m’interdisent de m’afficher et  de prendre position ».

Vous souriez ???

« Ma liberté s’arrête là où commence celle de l’autre » parait-il.  « Et ma liberté d’opinion, vous en faites quoi, alors ? ». Cette  liberté d’opinion est un principe fondamental que rien (ou prou) ne devrait brider dans la sphère publique. Sommes nous donc dans un régime stalinien à nous résigner  à ce déni de l’expression de l’opinion de l’autre ?

Pas de mélange des genres, dit-on. Profonde contradiction. Le mélange des genres n’est pas à chercher là où il n’est justement pas.

A n’avoir pas su fixer les frontières entre les différentes sphères, à avoir tant vu mélanger  la sphère publique et la sphère privée, l’intérêt public et l’intérêt privé, l’intérêt de l’Etat et l’intérêt personnel, dans le quotidien même  de chacun, les domaines qui devraient naturellement être dissociés sont désormais entachés de suspicion. « Toi patron d’association, ton adhésion à un mouvement politique ne peut être qu’éminemment suspecte. Tu ne peux pas être professionnel et efficace dans ton action si tu ne t’affiches pas pleinement neutre. Toi journaliste tu ne peux pas t’engager de manière militante parce que tu ne serais plus objectif dans ton travail d’investigation et d’information».

Ne s’agit il pas dès lors d’un artifice mortifère qui tue dans l’œuf cette Demokrasia qu’on veut bâtir.

Tout un chacun connait la formulation restrictive   « Le contenu de la présente publication ne reflète pas nécessairement la position officielle de l’organisme. L’auteur est seul responsable des informations… et blablabla », expression parfaite de la liberté d’opinion …

A contrario, on procède chez nous à un amalgame choquant : « Ton engagement militant et ta compétence professionnelle sont antinomiques. Ton engagement militant ne peut pas refléter ton intégrité » … Allo … Il ya quelqu’un ???

Cet amalgame reflète pourtant les dérives d’un système qui, au-delà du rejet profond de ce qui touche à la politique, objet sale en soi,  a brouillé tous les repères.

Quand on voit certains, au plus haut niveau, prendre le Trésor Public pour leur distributeur personnel de billets, il est clair qu’on a, après, du mal à lire les limites …

Pourtant la dissociation des sphères, leur séparation claire est un principe fondamental : si un acteur financier sort de sa sphère économique pour tirer de sa puissance un avantage indu dans une autre sphère, judiciaire par exemple, on est en pleine dérive et en pleine injustice.

Qu’on s’interdise, en dehors de sa sphère d’intervention, de dire ses convictions est mortifère parce que d’une part cela tue le débat et d’autre part, parce qu’on entretient un dysfonctionnement fatal : l’irrespect et la négation de l’autre dans sa pleine liberté d’opinion, et sa pleine humanité.

Dieu sait si le DEBAT est aujourd’hui nécessaire pour tenter de construire notre Demokrasia …

Mais il va falloir de l’opiniâtreté pour faire évoluer ces postures…

Bien à vous tous…

Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) – Septembre 2013

PS : toute similitude avec des personnes existant ou ayant existé est le fruit du parfait hasard😉.
Spéciale et très affective dédicace à mes amis avec lesquels j’ai eu ce débat.democratie2

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