Hasin’i Madagasikara : La marche « Maitso » de l’écologie politique vers une dimension institutionnelle.

Posted on 10 septembre 2013

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L’annonce de l’Ecologie politique comme positionnement de Hasin’i Madagasikara, Parti Vert et de sa candidate aux présidentielles malgaches, Saraha Georget Rabeharisoa, suscite un intérêt certain et beaucoup de questionnements. A Madagascar, il en est même qui lui font déjà un procès d’intention d’importer, une fois de plus, une idéologie étrangère qui ne collera pas aux réalités malgaches. En période électorale, c’est, semble-t-il, de bonne guerre que de brouiller le message de la concurrence.

Certes, Hasin’i Madagasikara, Parti Vert n’a pas inventé l’Ecologie politique. « L’Ecologie politique est la seule idée nouvelle depuis 1945 » titre Patriarca Eliane dans Libé en ligne[1]. Avant d’ajouter : « L’écologie politique, c’est une globalité, une pensée qui articule une révolution de la société autour d’un certain nombre d’axes : la protection de l’environnement et la sauvegarde de la nature ; la solidarité sociale ; la citoyenneté et la démocratie ; dans une perspective qui suppose des rapports Nord-Sud différents. Un combat pour l’environnement est toujours un combat social et citoyen, et inversement. »

Aujourd’hui, l’Ecologie politique est notre choix parce que nous avons la conviction, fondée sur une évidence trop souvent masquée par les conflits d’intérêts, que la Terre est la mère de toutes nos richesses. Notre identité puise sa force dans la notion de Tanindrazana, Terre des ancêtres littéralement mais aussi terre à préserver pour les descendants, Tanintaranaka. L’Ecologie politique est notre choix parce qu’elle est la voie qui réconciliera  la promesse de notre capital naturel, l’énergie de toutes les forces vives  avec la nécessaire réappropriation de l’Histoire.

Dans les pays développés suivant le schéma mondialisé et de plus en plus remis en question par les peuples, le positionnement écologique a dû souvent prendre les allures d’un véritable combat, posture qu’il continue d’adopter dans les circonstances extrêmes, avant de conquérir sa place dans les instances politiques. Cette conquête a été possible grâce à la prise de conscience et à l’adhésion des citoyens mais aussi au fonctionnement mature de la démocratie et des institutions. Le Parti Vert malgache, « Maitso », entame sa marche vers une dimension institutionnelle.

Le mal développement qui détruit Madagascar est le fruit indigeste d’une gouvernance induite des effets pervers du système mondialisé depuis plus d’un siècle. Ces effets ont pulvérisé les repères et les liens sociaux, dilué les valeurs et embué la vision. Toutefois, malgré les multiples dégradations et prédations, le capital naturel est encore globalement préservé des ravages d’une soit disant  croissance économique, sans développement humain. Tout ou presque est à faire, tout ou presque est possible. Le meilleur comme le pire. Hasin’i Madagasikara, le Parti Vert et Saraha Georget Rabeharisoa s’attachent à bâtir le meilleur.

La richesse et les spécificités de la biodiversité malgache font de Madagascar un « hotspot » en termes de globalité naturelle. Des suites de la crise, 92% de la population malgache vit sous le seuil de pauvreté et sa pression sur l’environnement naturel tend vers un niveau critique. La nécessité d’une culture écologique et d’un Parti Vert s’imposent. A Madagascar, l’approche Ecologie Politique offre la possibilité d’une refondation culturelle, sociale et économique enracinée dans le réel, capable de projeter une autre vision du futur.

Comment un peuple constitué de près de 80% de ruraux n’aspirerait-t-il pas à une administration transparente et équitable des terres ? Comment les techniques de l’agro écologie qui, sur le continent africain, ont fait  leurs preuves de productivité sans engrais chimiques ne répondraient-elles pas aux attentes des paysans malgaches ? Près de 80% des 300 000 membres militants du Parti Vert dans tout Madagascar sont des ruraux.

Le taux d’électrification de Madagascar est de 25% en moyenne, de 7% en milieu rural. Un coup d’œil sur la carte des fleuves suffit pour être convaincu que ce pays a été particulièrement choyé par la Nature.

HydrologieCe réseau de 30 000 kms pourrait selon différentes études[2] fournir environ 7800 mégawatts d’électricité alors que jusqu’en  2012, juste 127 mégawatts en ont été tirés. L’Ecologie politique va faire se rencontrer l’énergie hydroélectrique et ledéveloppement rural. La préservation des bassins versants va se lier naturellement à l’intérêt bien compris des communautés rurales. Les cultures sur brûlis et les feux de brousse seront sous bonne garde de la population. D’autres études ont aussi établi que Madagascar dispose de 2800 heures d’ensoleillement soit 45 kilowatts par jour et par mètre-carré.[3]

Aujourd’hui,  l’ensemble des ressources naturelles comme les forêts, les ressources en eau, les terres agricoles, les ressources halieutiques et minières sont à considérer comme les « actifs » d’un pays. Les dilapider sans considérations autres que les petits et grands profits est criminel. Concernant en particulier les grandes industries extractives qui ont été, jusqu’ici et dans plusieurs pays du Sud, accompagnées de la « malédiction de l’or noir » ou de la « malédiction des mines », il faut garder à l’esprit que les ressources sur lesquelles ces industries se fondent sont non renouvelables. Au-delà du partage équitable et transparent des profits financiers entre le pays d’accueil et les investisseurs ainsi que de la maximisation de la restauration environnementale, ces unités industrielles doivent être de véritables leviers d’un développement élargi et durable, organique de la quête de progrès des populations. Elles ne peuvent être juste des ilots reflétant une image-mirage d’opulence dans un océan de réelles misères.

Cela fait quatre années que le Parti  a labouré le terrain pour recruter ses 300 000 membres-militants, les former à l’épreuve des urnes, avec des idées de développement bien claires dans les têtes. Aujourd’hui [4], le Parti Vert, « Maitso », présentera des candidats à la députation dans 111 districts sur un total de119. Jusqu’aux échéances des législatives prévues en décembre, il y a de fortes chances d’avoir des candidats Vert dans tous les districts. « Maitso » va marquer le territoire et l’Histoire de Madagascar.

Le pouvoir « Maitso » sera un Pouvoir fort. Non par la coercition et l’usage inconsidéré de la puissance publique, mais par son enracinement dans la détermination et l’enthousiasme populaires. Jusqu’ici la décentralisation administrative n’est qu’une coquille vide de développement. Quel développement à partir de la base peut-on imaginer quand 95% du Budget est administré par le pouvoir central, laissant juste 1.5% pour les 22 régions et 3,5% pour les 1549 communes[1] ? Dans le programme des Verts, la décentralisation sera outillée par la déconcentration du Budget national. Enraciner le pouvoir c’est donner à l’Administration les moyens d’assurer les services publics de proximité en partenariat avec le tissu entrepreunarial local, c’est aussi donner aux communautés un droit de regard sur tout investissement dont l’implantation va transformer leur environnement naturel et influer sur leurs modes de vie.

La Gouvernance « Maitso » aura une posture mentale ancrée au concept malgache du « Rariny sy Hitsiny » que l’on peut traduire par « Equité et Justice ». C’est dans l’exercice conjoint de la citoyenneté en action et de la démocratie participative que l’on peut y parvenir, pour régénérer les liens sociaux et consolider la paix sociale.

A Madagascar, l’Ecologie politique « Maitso » est le rendez-vous d’un capital naturel exceptionnel et

d’un peuple fantastique, riche de son fond culturel unique, qui veut se réapproprier son Histoire. L’accompagner dans cette recherche de l’harmonie entre son être profond et son rêve légitime de mieux-être est une source intarissable de motivation.  « Tontolo ivelomana mampiadana »  ou « S’épanouir dans la Globalité du vivant », c’est la promesse « Maitso » incarnée par sa candidate aux présidentielles : Saraha Georget Rabeharisoa. Le défi est immense mais à la hauteur des ambitions légitimes du peuple malgache et du potentiel économique de Madagascar.

[2] Diagnostic du secteur énergie WWF – Sept 2012

[4]  sept 2013

[5] « Madagascar : vers un agenda de relance  économique » Banque Mondiale – 2010.

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