Lettre ouverte à ceux qui n’ont pas vu … (rencontre avec le parti Vert)

Posted on 15 mai 2013

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sud vert compressé

Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) – 15/05/2013

Merci à Manoro, Hanitra, Robin, Cyprien, Lucien, Ndrina, Perline, Vév é, Lisa, Amido, Alphe, Alexandre et Saraha … et tous les autres qui m’ont accueilli, accepté et permis de vivre ces fabuleux trois jours d’immersion parmi eux … Et qui ont accepté de me raconter leur parti Vert…

J’ai rencontré les gens d’un pays où les bananes que l’on voit vertes, sont mâtures et parfumées et vous offrent en bouche ce goût délicieux qu’on ne sait trouver que chez nous.

J’ai rencontré les gens magnifiques d’un parti Vert arrivé à un stade de maturité qui devrait le rendre désormais incontournable sur la scène politique  malgache et pourtant auquel  beaucoup se refusent de croire.

Au pays des trois cents partis, tout comme ailleurs, on ne s’engage en politique que pour deux  motivations : 1) par conviction pour des valeurs 2) par intérêt pour le pouvoir ou pour un intérêt matériel. Le vote de l’électeur devrait répondre à la même alternative.

Au pays du « Gasy Bashing », semble s’être installée la certitude que le malgache ne pouvait de fait s’engager QUE par intérêt. Curieuse et mortifère attitude, mais oh combien confortable, de ceux là qui se résignent à une prétendue immaturité politique du peuple malgache.

Dans mon deuxième métier de formateur coach qui me voit intervenir sur des publics en rupture d’emploi, je dois régulièrement affronter ce genre d’a priori  : «NO FUTURE » … Jusqu’à ce qu’en raisonnant par l’absurde, je puisse confronter mes auditeurs à la question : « Pouvez vous me jurer qu’il n’y a pas sur la place 10 postes qui peuvent strictement répondre à vos compétences et aspirations …  Si vous répondez ‘bien sûr que ces postes existent’, alors allons les chercher» … On obtient un taux de succès absolu sur cette démarche … Sauf auprès des plus rétifs et des plus sceptiques.

Il en serait de même chez nous en politique : qui donc peut jurer  qu’il n’y a pas un militant, pas un parti qui ne puisse se révéler sur la base de sa seule conviction, vraie, profonde, sincère, attachée à de véritables valeurs humaines…  Que ceux qui répondront  « moi » se lèvent … et sortent.

Au pays des 300 partis, les grandes formations politiques se sont toujours bâties en allégeance à une personnalité au pouvoir : le PSD s’est construit autour de Tsiranana au pouvoir. L’Arema s’est construite autour de Ratsiraka une fois (pardon 2 fois) au pouvoir.  Le TGV s’est artificiellement construit autour de Andry Rajoelina, une fois (accidentellement) au pouvoir. Et si le TIM de Ravalomanana a préexisté [i]à son accession à la magistrature suprême, il est patent  que ce parti est  fondamentalement caractérisé par le culte de la personnalité de son dirigeant.

Ce mode de constitution est éminemment pervers, parce qu’il fait nécessairement le nid de mécanismes de collusions, de prévarications, d’opportunismes et de jeux d’alliances qui se font et se défont au gré des opportunités et des intérêts immédiats… On les connait.

C’est le lot du jeu politique diront certains … Certes … Mais …

Mais il arrive peut être aujourd’hui cet OVNI dont on rêvait dans le monde politique malgache.

Un parti s’est construit  patiemment, discrètement, sans médiatisation outrancière qui aurait fragilisé ses militants et recruteurs, sur la base d’une stratégie de pénétration affirmée, sans aucune alliance, sans ralliements … Et surtout avec la seule immense foi de ses militants de pouvoir trouver dans la société civile malgache des gens de cœur … Avec la seule volonté de ses militants  de rallier  tous ceux qui n’avaient que pour seule ambition : participer à l’émergence de quelque chose de neuf et d’intègre.

Ce parti Hasin’i Madagasikara ne prétend pas comme certains représenter le peuple,  TOUT le peuple. Mais sa base est là, réelle, solide,  engagée et dotée d’une étonnante maturité politique au sein d’un parti structuré et agissant.

17800 cellules de base de fokontany avec des bureaux de 9 membres quand la cellule  a atteint 50 adhérents. 1449 bureaux de communes supervisant  respectivement une quinzaine de cellules de fokontany.  119 bureaux districts (soit l’intégrité du territoire) administrativement déclarés auprès des chefs de district , supervisés par des bureaux régionaux respectivement constitués dans chacune de 22 régions de l’ile. Un bureau national et un Conseil National.

Le congrès du parti a réuni 6000 représentants issus des cellules communales de toute l’île en janvier 2013. Qui l’a entendu ?

Qui donc a retenu que ce parti c’était désormais 300.000 adhérents certifiés ? Qui donc peut encore en douter ?

Pas moi… J’ai rencontré le parti. Je l’ai suivi à Fort Dauphin où une réunion improvisée l’avant-veille à réuni à la Tranom Pokonolona  un millier de participants enthousiastes à l’idée de rencontrer leur future présidente et qu’on n’avait pas besoin d’attirer par une animation musicale avec un groupe invité … Robin a fait 40 kms à pied pour venir.

J’ai suivi le parti à Ambovombe, pour une cérémonie de remise d’un camion citerne qu’il offrait dans un pays Androy où le seau d’eau, récoltée dans des flaques et décantée,  se vend de 100 ariary et peut se vendre jusqu’à  500 ariary quand cette eau est ramenée d’Amboasary. 6 000 personnes étaient là, attirés par cette rencontre qui n’a eu nul besoin de mettre en oeuvre de quelconques artifices événementiels, mais seulement pour  entendre le discours de leur candidate.

Alors foin de tous ces a priori.  « Une femme ne prendra jamais le pouvoir dans une société fondamentalement mysogine » m’a-t-on répété. Jai vu le Tsondrano offert par un sojabe[ii] à une femme ambaniandro : « Misaotra ny Zanahary sy ny Razana izay nanome vehivavy hendry sy mahery hitondra anay »[iii] . Rupture violente avec la tradition dans un pays où la femme ne parle pas. Alain a traîné les pieds à cause de la tradition. Il a rencontré Saraha. Il a cru en son potentiel pour conduire le pays.

« Une femme merina ne se fera pas entendre sur les zones côtières », m’a-t-on assuré… Raté. Celle là ne se contente pas de se faire entendre. Elle séduit, elle convainc. Comme elle m’a convaincu de sa sincérité, de son intégrité  et de la justesse de son engagement. L’enthousiasme de ces 6000 participants réunis sans autre artifice ni gadget évènementiel en atteste. Perline aime sa proximité, la chaleur des rapports qu’elle simple militante entretient avec sa présidente.

« Son engagement écolo n’est que de façade, dans un paysage où de toutes façons l’écologie n’a pas encore sa place » me disent d’autres… Là encore, ils ont tout faux.  C’est sa base, constituée en grande partie de paysans, d’animateurs de structures agricoles,  d’enseignants, d’environnementalistes qui a fixé les lignes d’un projet bâti sur les valeurs définies par les fondateurs : l’humain, la terre, l’eau, l’environnement.  Il ne s’agit pas ici d’une écologie dogmatique, mais d’une écologie politique fondée sur des valeurs d’éthique, avec pour horizon un développement équilibré. Lucien, ingénieur agronome et environnementaliste a adhéré pour la clarté des principes et la faisabilité des projets à engager.

« Le discours d’une troisième voie ne sera jamais entendu » ont osé m’asséner les derniers, là encore contredits :  l’un des moteurs les plus forts du mouvement est son rejet de toute forme de collusion avec les anciens partis, dans un système qui veut ne coopter que des gens de cœur rêvant d’un renouveau et d’un assainissement de l’environnement politique.  Ndrina, ancien journaliste, coordinateur régional du parti a recruté ses militants aussi sur l’argument du rejet de l’ancien monde.

Saraha Georget veut emporter la présidentielle. Mais  au-delà, le parti Vert présentera pour les législatives 151 candidats et leurs suppléants, à la députation tous issus de leur tissu local.  1449  candidats maires cherchent la victoire pour les municipales de Novembre, là aussi profondément implantés sur leur territoire. L’enjeu derrière les municipales étant de prétendre aux présidences de Région. Ce parti vivra au-delà de la présidentielle. Il faut le savoir. Il faut le dire.

300 000 adhérents effectifs, se reconnaissant TOUS les uns les autres sur de vraies  valeurs humaines, sur une vraie et saine ambition, sur un vrai amour du pays et sur leur REDEVABILITE à la terre, aux ancêtres, à leurs traditions, à leurs proches,  à leurs enfants … Qui dit mieux ?

Il reste que l’engagement de ces gens, leur sincérité, leur foi dans un parti avant leur foi dans leur présidente est rassurante dans un pays qui semble aussi perdu …  Ils ne sont évidemment pas TOUT le peuple. Ils n’en sont qu’une partie. Plus importante qu’on ne l’espérait. Mais Dieu, que cette partie là est belle à voir grandir …

Je me suis pris, vous l’avez compris un p… de choc émotionnel à leur rencontre.

Merci de tout cœur à eux …

Arc en ciel sud vert

ps : j’avais complété initialement ce dossier des portraits de mes amis militants. J’ai renoncé à cette publication, pour des raisons évidentes. J’espère leur offrir bientôt un plein mur à la mesure de leur courage et de leur engagement.


[i][i] C’est d’ailleurs probablement pour cette raison de préexistence du parti que sa base lui reste si fidèlement attachée. Cela  a été une dramatique erreur de la part de certains (cf notre cher ex ambassadeur Chataignier) et manipulation imbécile de la part d’autres, que de nier l’existence de cette base.

[ii][ii][ii] Sojabe :ancien à l’autorité reconnue

[iii] Je remercie Dieu et les ancêtres de nous avoir donné une femme sage et forte pour nous conduire

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