Quelle politique pour la France en Afrique en 2012. (c) Terra Nova

Posted on 31 janvier 2012

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A ne pas manquer cette note de la fondation Terra Nova, Think Tank du Parti Socialiste français… Elle propose des pistes d’évolution de la diplomatie française en Afrique en cas d’alternance en Mai 2012. Au delà des passages sur Madagascar qui nous intéressent tout particulièrement,  les auteurs caractérisent ici un constat des errements de la politique menée actuellement par le gouvernement du pouvoir Sarkozy… Et, on peut l’espérer, une rupture franche par rapport à celle ci.

Extraits choisis :

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« De l’ingérence désastreuse dans la crise à Madagascar à la complaisance coupable envers Abdoulaye Wade ou Idriss Déby, en passant par le favoritisme déraisonnable (et suspect) envers l’Ivoirien Alassane Ouattara[…] la France a constamment slalomé en fonction des amitiés présidentielles, sincères ou obligées. »

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« L’acharnement mis par les gouvernants récents à défendre le « dogme de la stabilité », évoqué plus haut, a aliéné à la France une part importante de l’opinion africaine. Dans certaines crises récentes (Gabon, Mauritanie, Sénégal, Madagascar), il y a de bonnes raisons de penser que des choix politiques influant sur le destin de peuples entiers ont été tranchés à Paris en fonction d’intérêts privés. »

[…]

« Il faut redonner de la crédibilité et de la respectabilité à la France : son intérêt à moyen et long termes réside dans le soutien à une évolution, qui ne pourra être que progressive, vers un désamorçage des conflits en Afrique par le politique. Ce travail nécessaire devra donner lieu, à l’égard de certains pays (Cameroun, Madagascar, Rwanda…), à un travail de mémoire à même de déboucher sur la reconnaissance d’erreurs et de crimes commis au nom de la France. »

[…]

Synthèse

Certains pensaient que l’absence totale de curiosité de Nicolas Sarkozy envers l’Afrique allait permettre à la France de tourner la page d’un certain mode de relation avec le continent. Non seulement il n’en fut rien, mais on a assisté à une recentralisation vers l’Elysée de la politique africaine selon des modalités rappelant les années Foccart.

Après ces années de régression, marquées par une vision utilitaire et vénale des relations franco-africaines, le chantier du renouvellement est immense. L’Afrique a connu des évolutions majeures durant la dernière décennie : raréfaction des coups d’Etat, éclosion économique, irruption des émergents… Elle est confrontée à d’importants défis : diversification de l’économie et industrialisation, déficit en ressources humaines bien formées, démographie, choix d’un développement respectueux de l’environnement. Face à ces transformations, la France demeure dans une posture de citadelle assiégée, refusant de s’engager dans une collaboration bilatérale avec ses partenaires européens.

En cas d’alternance, quelle politique une majorité de gauche devrait-elle mener vis-à-vis du continent le plus proche de l’Europe ? Cette note s’attache à lancer des pistes pour une politique rationalisée, à même de servir les intérêts de la France et de l’Afrique sur le long terme :

– accepter le changement en Afrique, l’anticiper, l’accompagner, en favorisant l’émergence d’acteurs politiques de qualité, et un travail de fond vis-à-vis de la société civile, via par exemple le Fonds social de développement ;

– s’appuyer sur les relations sociales qui, à tous les niveaux, relient Français et Africains, et se sont effritées au fil des ans du fait d’une politique de visas restrictive, en réinventant le concept de codéveloppement ;

– penser les intérêts français à long terme, en aidant, avec l’Europe, l’Afrique à franchir un palier supplémentaire sur la voie de la démocratisation, en développant la démocratie concrète et les contre-pouvoirs, conditions indispensables pour un développement économique et humain ;

– refonder l’aide au développement, dans un contexte où la fin des annulations de dette massives va assécher l’aide « réelle » et reléguer la France au rang d’acteur de second plan, en organisant par exemple des « états généraux » impliquant tous les secteurs de l’Etat, des collectivités locales et de la société civile intéressés ;

– parler aux « Afriques » plutôt qu’à l’Afrique, en privilégiant les « sous-régions » regroupées dans des organisations cohérentes et solides pour certaines ;

– dans le domaine monétaire, mettre fin à la parité fixe avec l’euro au profit d’une parité flexible, à même d’éviter de réitérer l’ajustement brutal par dévaluation ;

– européaniser la présence en Afrique, en réengageant les partenaires européens, réticents à s’impliquer après des années d’une politique française consistant à faire financer par les Européens sa propre action d’influence en Afrique.

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