Les chroniques de Ragidro : une nouvelle diplomatie française …?

Posted on 12 juin 2011

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Par Lalatiana PitchBoule

Dans les commentaires et « analyses » émis autour de Gaborone, curieusement un acteur semble avoir été ignoré. La discrétion de la diplomatie française aurait ainsi du surprendre au regard de son activisme lors des rounds de négociation antérieurs. Le changement de ton de la troïka africaine quant à la feuille de route, pour toutes diplomatiques que soient les félicitations adressées au couple Chissano/Simao dans leur action de médiation, ne fait pourtant pas de doute. La remise en façade de la question du retour des deux ex présidents, et de celui de Marc Ravalomanana en particulier, est significative de ce changement de position. Mais a contrario, la discrétion de Paris quant à Gaborone et à ses suites est elle alors le fait d’une « résignation » de la France aux exigences et à l’intransigeance des Africains ?  On peut en douter. Et on peut de même supposer alors que cette  discrétion est désormais de mise dans une nouvelle prise de position de la France quant à la crise malgache, et dans l’expression de nouvelles alliances entre Paris et Pretoria.

Et quelque part, on peut imaginer que Paris aura approuvé chacune des dispositions prises à Gaborone, adoptant ainsi réellement une position commune avec la communauté internationale (et de l’Europe en particulier) pour abandonner son alignement de façade et négocier cette évolution de la situation.

Pourquoi ? L’esprit de la Pentecôte serait-il opportunément venu inspirer ces diplomates ? En fait, il est ici encore curieux de réaliser que la politique extérieure d’un pays relève évidemment d’enjeux et de visions d’Etat, mais aussi de conflits d’ambitions et de personnalités, comme d’enjeux de politique intérieure.

L’arrivée d’Alain Juppé en ministre d’Etat numéro 2 du gouvernement à la tête  du Quai d’Orsay au mois de Mars a probablement ainsi changé la donne et l’attitude de la France adoptées jusque là vis-à-vis de Madagascar (je l’avais envisagé dans « idées en vrac et à l’envers ») . La personnalité forte de cet homme d’Etat qu’est le maire de Bordeaux, acteur majeur de la politique Française et potentiel prétendant en alternative pour la présidentielle de 2012, est illustrée par les affrontements et les rivalités dont est émaillée l’histoire des quinze années de relations qu’il a eues avec Nicolas Sarkozy. Il aura ainsi longtemps refusé le fauteuil qu’on lui offrait en 2010 au sein de la chancellerie française parce qu’il ne supportait pas l’idée d’une diplomatie parallèle de l’Elysée. Le mariage de raison symbolisé par son entrée au gouvernement Sarkozy a ainsi été assujetti  à la mise à l’écart du  secrétaire général Claude Guéant, maître jusque là de la diplomatie africaine. Malgré des « coups en douce » [1]dont l’Elysée ne peut se priver le plaisir, une certaine remise en ordre de la diplomatie française en Afrique où le Quai d’Orsay devrait retrouver toute son influence va probablement  s’opérer.

Le nouveau Ministre des Affaires Etrangères, soucieux de la restauration d’une image écornée par ses prédécesseurs Kouchner et Alliot Marie, ne peut QUE vouloir la rupture par rapport à l’omnipotent Claude Guéant et à son sulfureux acolyte Robert Bourgi, interlocuteurs et conseillers privilégiés du PHAT. La mise à l’index de Bourgi, sèchement écarté par Juppé alors qu’il avait été invité par Sarkozy lui même, des cérémonies d’investiture du président Ouatara  le 21 mai, est une expression de l’évolution des rapports de force entre le quai d’Orsay et l’Elysée et, de fait, de la diplomatie française (Lettre de l’Océan Indien N° 611 – 13/05/2011). Après la froideur  de l’entretien accordé le 12 Mai à  Rajoelina, évènement que la Hat voulait ériger en symbole de la reconnaissance internationale (« Comment ça, Monsieur Juppé ne veut pas poser pour la photo à mes cotés ??? »), le refus de Parant, conseiller de l’Elysée, de répondre à une invitation du TGV le 13 Mai, est une autre expression de l’évolution des postures de Paris (Lettre de l’Océan Indien N° 1309 – 21/05/2011). Juppé n’est pas Kouchner. Sa vision et son sens de l’Etat lui ont probablement permis de jauger le PHAT lors d’un entretien qui n’a été que maladresses de la part de ce dernier. L’homme d’Etat Juppé qui ne réagit comme l’avocat d’affaires Bourgi me donne le sentiment que la position de la diplomatie française a profondément évolué dans la perception de la situation malgache et de ses acteurs. Paris pourrait ainsi avoir enfin lâché le TGV. La conclusion des dernières négociations sur la feuille de route et les élections nous le confirmera peut être.

Dans ce sens, les relations entre les différents acteurs et leurs interventions respectives ne peuvent qu’évoluer : dans ce jeu d’échec géopolitique,  quand un joueur change de stratégie, c’est tout le plateau que l’on reconfigure.

Mais tout ceci ne reste que conjectures et supputations.


[1] – tels que l’affaire des émissaires libyens accueillis par l’Elysée dans le dos du MAE ou, dans notre contexte, la rencontre TGV Guéant-Bourgi du 7 mai avant la rencontre du 12 mai avec Juppé,  et enfin la rencontre Bourgi Bongo discrètement menée en Italie

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