Les chroniques de Patagachie : les bourdes du nourrisson … par G.Andriantsolo

Posted on 4 juin 2011

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Que vous dire en ces temps où la terre prend ses vacances et, comme le tanrec, commence à hiberner, alors que le taotaokafo – le coucou de Madagascar (Cuculus rochii Hartlaub) – part villégiaturer en Afrique. Insensible au monde de la politique, mon érable n’envisage pas d’aller faire du tourisme à Gaborone et a rougi tout son feuillage. L’événement, national et international s’il en est, c’était la FIM mariée à la Foire du Lait, tant il est vrai que le bizemesse et l’élevage sont les deux mamelles de Madagascar. Je vais donc en dire quelques mots.

J’ai donc visité les installations d’Andranomena et j’y ai appris beaucoup de choses. J’ai compris pourquoi les tapia – vous savez, ce sont les arbres qui, en grand nombre, poussent dans la région d’Arivonimamo et d’Ambositra et dont se nourrissent les landibe –, pourquoi donc les tapia que je plante chez moi ne poussent pas. C’est qu’ils sont depuis toujours mariés à des champignons souterrains, qui ne se trouvent pas dans ma terre. La biologie a de ces secrets qu’ignore le bon sens. Je vais donc partir en quête de ces petits mycorhizes.

Une pépiniériste présente à la Foire proposait aussi des plants d’olivier. L’arbre rappelle sans doute des pays chargés d’histoire, mais ce n’est pas avec lui que Madagascar fera sa révolution arabe. Des essais avaient été tentés à l’époque coloniale. Les arbres avaient fort bien poussé, mais n’avaient pas fructifié. Comme le cerisier, l’olivier, pour donner des olives, a besoin d’un vrai hiver qui ne soit pas notre ririrnina. Ravalomanana en avait planté un grand nombre. Si jamais avec ses arbres, le pays pouvait produire de l’huile d’olive, ce n’est pas aux lois de la nature que nous le devrions, mais à je sais quelle vertu du planteur ! A voir et vérifier d’ici quelques années.

Reportée en novembre dernier pour raison de référendum, la Foire du Lait a eu, il fallait s’y attendre, beaucoup de succès avec beaucoup d’éleveurs d’Arivonimamo et de la région d’Ambositra. La plupart avaient déjà vendu leurs produits le deuxième jour du salon. Quand elle en a fait la visite, Eva, ministre du commerce, a eu droit à un cours sur le traitement du lait et la fabrication des différentes sortes de fromage. Ce genre de manifestation est un lieu de formation permanente. On y a longuement discuté des avantages des races laitières. A suivre la rumeur publique, mieux vaudrait préférer la pie rouge à la holstein, trop fragile. On manque d’une bonne étude pour en décider, car le ministère, fidèle à son fonctionnarisme, reste fidèle à son mutisme. Et l’on ne sait si les difficultés racontées pour l’élevage de la holstein sont vraiment réelles ou s’il s’agit d’une réinterprétation politique post mars 2009.

Il faut noter que nos politiciens ne s’intéressent pas à l’économie nationale, ni micro ni macro. A quelques exceptions comme Camille, Roland ou Pierrot, ils ne se sont pas bousculés pour venir s’instruire.

 

Une exposition comme celle-ci est l’occasion de rencontres et un moyen de tâter le pouls du pays. On y apprend que, dans le premier cercle, tel haut personnage n’espère qu’être déchargé de ses fonctions pour lancer un élevage de vaches laitières. On y apprend aussi que ses soutiens les plus proches lui reprochent aujourd’hui d’accumuler les « bourdes » et rappellent que début 2009, il avait la « trouille » de monter sur la tribune du 13 Mai et n’acceptait de le faire qu’après que ses soutiens y soient déjà montés. Ils constatent in fine qu’il n’a pas de programme politique et qu’il faut être constamment derrière lui pour empêcher les bourdes les plus hénaurmes. Son dernier grand projet, il l’a repris dans le catalogue de l’un de ses prédécesseurs : créer 100.000 hectares de rizières de plus. Ratsiraka I l’avait déjà annoncé et certains de ses proches avaient bénéficié de missions dans le Sud pour transformer le plateau mahafale en terre à riz. Peut-être ont-ils réussi à créer quelques mètres carrés de rizière près d’une mare et d’une autre. Mais ils ne sont pas allés jusqu’à oser les inaugurer en grande pompe.

La dernière grande décision politique, ce fut le décret décidant d’un pont après le jeudi de l’Ascension : quatre jours de congé d’affilée. C’est une décision qui ne coûte rien à la Hat, mais qui coûte à l’économie nationale. Le porte-parole du gouvernement n’a pas dit de combien de millions d’ariary la mesure allait diminuer le Pib. Il ne faut pas décrier l’idéal du bonheur tranquille radzouëlien. Chômage et jours chômés sont les deux mamelles de la Hat.

Aujourd’hui, l’opposition est bien installée dans les nouvelles institutions. Les soutiens qui n’émargent pas, sont dans le deuxième cercle. L’un d’eux, alors expulsé, faisait les grandes intervioues de RFI début 2009 avec le colonel Noël, aujourd’hui à Tsiafahy. Ce jésuite, auparavant curé de paroisse, avait alors soutenu le coup d’Etat. Il continue à s’agiter et à soutenir la Hat comme dans un véritable sacerdoce. Et RFI – la Radio Don Bosco internationale – vient encore le 25 mai de lui offrir une chaire !

Que la FIM ait été « la plus grande manifestation économique dans le Sud-Ouest de l’Océan Indien », n’empêche pas que la Hat ne fait rien pour enrayer les difficultés économiques du pays. Un chiffre qui ne ment pas : Le SIM – Syndicat des Industries de Madagascar –, qui regroupe les sociétés industrielles, a perdu 30% de ses membres en 2009 et 2010. En gros, une société sur trois a fermé et mis la clef sous la porte. Quand nos Hâtifs se décideront-ils à faire de même ?

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