Les normes de l’à peu près… (à propos des élections)

Posted on 4 mai 2011

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Par Sahondra Rabenarivo

Dans un environnement qui se mondialise, nous ne cessons de glisser encore plus bas, et de laisser s’agrandir davantage le gouffre qui nous sépare des meilleures pratiques internationales.   Certes,  pauvreté oblige : bien des taxi-brousses, taxi-be et autres véhicules particuliers ont recours au bricolage pour satisfaire les « normes » de la circulation. Mais de là à ce que la compagnie aérienne nationale, porte fanion de la Nation, « bricole »  de même est non seulement inacceptable mais fort inquiétant.

Ainsi va la compagnie aérienne, ainsi vont aussi les élections.  Au lieu de viser le meilleur, nous allons nous contenter, sous le « leadership » de nos dirigeants, malgré nous, et contre notre gré, du « à peu près ».

Chaque année à Madagascar naissent des centaines de milliers de bébés sans acte de naissance.  Et chaque année, des centaines de milliers de jeunes accèdent à l’âge adulte (18 ans selon notre constitution) sans ce papier d’acte civil leur permettant de participer pleinement à la vie citoyenne.  Sans acte de naissance on n’existe pas et, à l’âge adulte, sans acte de diligence pour obtenir sa carte d’identité nationale, on n’existe pas non plus.  En 2006, on estimait ainsi  à 3.073.637 le nombre de malgaches adultes sans carte d’identité nationale et, tenez vous bien, à 7.166.206 le nombre de malgaches sans acte de naissance.  Or la loi électorale exige que les électeurs possèdent une carte d’identité nationale – après tout, comment contrôlerait-on l’identité des votants ? – et sans acte de naissance, on ne peut obtenir à sa majorité sa carte d’identité.

Dans les divers rapports d’experts sur les élections OIF, ONU) , il n’est aucunement fait mention de ce fait gênant, car rattraper le retard et satisfaire la norme internationale de l’état civil des citoyens n’est pas possible en l’espace de quelques mois.  Soit, acceptons.  Seuls ceux qui auront fait acte de diligence pour obtenir une carte d’identité nationale voteront.  Maintenant, il reste la question de la liste électorale.  En 2010, sur une population totale estimée à  20.966.930 d’habitants, 7.168.267 ont été inscrits sur la liste électorale.  Or, aux présidentielles de 2006, 7.615.333 ont été inscrits.  On ne nous a toujours pas expliqué comment, avec notre taux de naissance, ceci est possible.  La politique d’ « à peu près » fait que la CENI n’a toujours pas produit de rapport sur les défaillances du référendum 2010, et donc on ne sait quelles mesures correctives ont été prises pour éviter un nouveau fiasco.  Au peu que l’on voit, on constate que les démarches récentes (à part la poudre aux yeux médiatique) ne sont pas les mêmes dans tous les fokontany, et que les niveaux d’efforts pour rapprocher les listes de 2006 et de 2010, et de les mettre à jour par refonte, sont inégaux sur le territoire malgache.

Il va sans dire que nous avons besoin de sortir de la crise, et d’organiser des élections crédibles.  Mais par « crédibles », nous voulons dire pas de micmac, pas de bricolage, visons le meilleur possible.  Tout comme je crois que les mécaniciens et les personnels techniques d’Air Madagascar sont formés aux normes internationales mais manquent récemment des moyens qu’ils leur faut pour corriger les défaillances constatées,  je crois  de même en les chefs fokontany et les agents administratifs capables de rectifier les diverses listes, si seulement ils en avaient les moyens, et s’ils disposaient à la fois de claires instructions et du temps de faire leur travail régulièrement. Et hélas, d’autre part, une rémunération serait également nécessaire pour ces bénévoles et mal-payés.

Dans notre culture d’ « à peu près », nous allons apparemment voter , entre autres, une loi électorale en violation de la même feuille de route (article 9) que nous nous acharnons dans une campagne intense de lobbying à faire accepter.  Mais l’attente fera aussi que toute une série de lois nécessaires à la mise en place le cadre juridique des élections restent incertaines. Et, soyons honnêtes, comment organiser quelque chose sans en savoir les règles applicables ?  La seule solution n’est pas de se précipiter, d’essayer de mieux faire. Le seul moyen de rendre la Transition et le processus crédibles, sera d’exiger que ceux qui se préparent aux élections ne participent pas à la Transition, et ceux qui participent à la Transition ne se préparent pas aux élections.  Et qu’une « feuille de route » claire pour le processus électoral soit publiée par la CENI, au vu et au su de tous.

Sahondra Rabenarivo

4 mai 2011

Posted in: opinions