Chroniques de Patagachie : « Grand banditisme ? » … par G.Andriantsolo

Posted on 20 avril 2011

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Il est bien difficile de vivre honnêtement en Patagachie, quand on a un peu de bien et qu’il y a quelques crocodiles patagaches affamés. C’est ce que l’on peut comprendre, quand on a la chance de rencontrer un de ces grands patrons français qui s’inscrivent dans la bonne mais rigide tradition française. L’on consent à y payer ce que l’on doit, tout ce que l’on doit, et éventuellement à contribuer volontairement à des actions qui servent le bien commun et l’intérêt public, mais jamais à y être contraint par une forme de chantage à la demande de quelque Ramatahora. Pour l’un de ces grands patrons, c’est un véritable grand banditisme qui existe dans la Patagachie actuelle.

Je parlais d’une tradition bien française, car je l’ai vu fonctionner au début du socialisme ratsirakien, quand les affaires allaient mal et que, malgré l’augmentation du prix des produits indispensables au fonctionnement d’une usine, le contrôle des prix dans l’esprit de ce temps refusait toute augmentation au nom des lendemains qui chantent. La police politique et économique inventait des affaires, arrêtait des hommes d’affaires – l’hôtellerie était alors à Ambohibao –, leur faisait comprendre qu’ils n’étaient pas prêts de s’en sortir et que le meilleur moyen était de céder à bon prix leur compagnie commerciale à des affairistes qui, les mains pleines d’espèces, savaient récompenser ces coûteux intermédiaires. En cette période de décolonisation, le bénéficiaire final pouvait être français mais pas souchien. Le lendemain de la prise de possession, les étiquettes valsaient avec la bénédiction socialiste. Une dizaine d’années plus tard, il fallut, pour nettoyer les écuries d’Ambohibao, faire revenir au pays un grand juriste qui, dans sa tradition familiale au service de l’Etat, s’y employa pour répondre aux vœux de la communauté internationale.

Les méthodes ont changé. On n’essaie plus de déposséder les investisseurs de leurs biens. Comme on l’avait fait de ces investisseurs dans le tourisme qui, il y a trente ans, dans l’attente des autorisations et mille signatures administratives nécessaires, avaient fait venir Autobus et Landrover en quantité et à qui, une fois le matériel réuni, il fut signifié qu’ils devaient quitter le pays sans attendre.

C’est sous l’Horribilissime que les choses ont changé. On préfère maintenant conserver les vaches à lait dans les étables patagaches – ce sont les Holstein que l’on préfère – pour pouvoir venir les traire régulièrement. Pour ceux de mes lecteurs citadins qui ne sont pas ni fermiers ni éleveurs, il faut préciser qu’en malgache, « traire » (mitery, mais aussi manery) et « traite » (fiterena, mais aussi fanerena) sont tirés de la racine tery « action de presser, de traire, de réclamer ce qui est dû ou pas sans ménagement et par tous les moyens ».

J’en reviens au grand patron français dont je vous ai déjà parlé. C’est lui qui a décidé de fournir sa contribution – volontaire, cela s’entend – de onze milliards d’ariary pour la construction de l’hôpital d’Anosipatrana. Il veut que cet hôpital dispose de tout le matériel dont disposent les hôpitaux du Nord. Il veut que l’on puisse trouver à Madagascar les moyens de se soigner sans procéder à une évacuation sanitaire – ce qui, faut-il le dire, pourrait interdire à des femmes de ministres de prendre ce prétexte pour aller faire des courses aux Galeries Lafayette et sur les grands boulevards. Il a déjà reçu des offres de service de médecins hospitaliers malgaches qui travaillent dans le Nord et qui sont prêts à rentrer au pays s’ils peuvent y trouver le matériel de pointe auquel ils sont habitués.

L’on nous raconte donc que, très récemment, une équipe de contrôleurs sont venus lui indiquer un redressement fiscal de 15 milliards. Les contrôleurs commençaient déjà à « négocier ». Le patron refusait d’entrer dans la « négociation ». Les contrôleurs ont alors signifié que le redressement pourrait se situer à 600 millions d’ariary. Le patron persévéra dans sa rigidité, expliquant qu’il dépense beaucoup en conseillers fiscaux et en experts comptables pour être toujours en règle. Et que si ses interlocuteurs persévéraient dans leurs exigences, il n’était pas pressé mais, comme il l’a déjà fait, irait au tribunal et publierait à ses frais dans la presse toutes les pièces du dossier. Que l’affaire serait donc bien étalée sur la place publique.

Qu’ont fait les « contrôleurs » ? Ils se sont retirés et sont allés faire un autre contrôle auprès d’un DG malgache d’une société du grand patron, en lui signifiant l’interdiction de sortie du territoire pour lui et sa famille. Il n’est pas besoin que je vous explique la logique de cette démarche. Ce grand patron du privé, s’il travaille tant, c’est pour assurer l’héritage de ses enfants malgaches par leur mère et leur nationalité. Il fait parie d’une espèce redoutable absolument réfractaire à tout raquette.

L’actualité m’oblige à ajouter quelques paragraphes au feuilleton d’Air-Mad dont j’ai déjà essayé de raconter la performance, quand il n’y avait guère que les diplomates qui étaient au courant. Les choses maintenant sont claires et ce ne sont pas les déclarations télévisées du Nourrisson à majuscule initiale qui les ont éclaircies. Pour le bon peuple que nous sommes, il a expliqué que les termes du contrat de location de notre deux 767-300 étaient inadmissibles, que toute la faute en incombait à Ravalomanana et aux Allemands. Le mensonge était prévisible : il n’a pas manqué d’arriver selon le protocole Hâtif.

Discutant ce matin de cette affaire, un grand patron de banque constatait que, le connaissant, ce contrat de location des deux 737-300 était un « contrat léonin ». Cela suffit à le caractériser, je n’en dirai pas plus. Il avait été signé pour une durée de cinq ans en 2004. Il se terminait donc en 2009. Air-Mad pouvait à ce moment y mettre fin et le résilier. En 2009, faut-il le rappeler, Ravalomanana n’était plus aux commandes et, volens nolens, avait pratiquement cédé la place à Nourrisson Ier – je commence à numéroter, car il faut prévoir Nourrisson II après les élections présidentielles. En 2009, toute la direction d’Air-Mad connaissait les termes du contrat. Elle n’en a rien fait et a laissé se mettre en place la tacite reconduction pour cinq autres années. Si ce n’est le régime hâtif, c’est donc son incompétence qui est bien responsable de ce qui nous arrive. Il ne faut pas continuer à charger l’Horribilissime de tous les péchés du Hâtisme. Il y en a déjà suffisamment pour l’envoyer dans l’enfer des mpiandry.

Mais il y a plus. Même si l’on n’en parle pas encore publiquement, Air-Mad n’en a pas fini avec ses ennuis avec Bruxelles. La sécurité de nos aéroports, de leur système d’approche, etc., etc. n’est plus assurée. Un contrat avait été signé avec une grande société qui détient toutes les compétences en la matière. Hâtivement , il a été décidé de confier la sécurité de nos aéroports et l’entretien de nos Boeing à une société malgache. Son patron serait à ce que l’on me dit, un certain Ilias Akbaraly, patron de Sipromad, qui construit en ce moment à Ankorondrano l’immeuble le plus haut du Sud-Ouest de l’Océan Indien, qui depuis 2009 fournissait le jet privé dont Nourrisson avait besoin pour ses déplacements dans la région. Il est à craindre que cet homme d’affaires aient plus de compétence en comptabilité qu’en matière de sécurité des aéronefs et des aéroports. Ses prestations habituellement sont rondelettes. Et assez peu efficaces si l’on en juge par ce que Le Point écrit : « Depuis le début de l’année, Bruxelles note plus d’une dizaine de problèmes techniques qualifiés de « majeurs » sur les avions. Ils doivent alors être réparés sur place. Une porte de soute, notamment, fermait mal et aurait pu s’ouvrir en vol en provoquant une dépressurisation brutale de la cabine. Lors du vol suivant, la réparation n’avait pas été correctement effectuée. »

Un dernier mot sur le Salon des mines et des hydrocarbures qu’organise le ministère. Pour attirer des participants – à l’heure actuelle, il n’en annonce que quarante dans les publicités qu’il fait paraître dans la presse –, il dévoile en énormes caractères que ce sera un salon « retAntissant ».

G.Andriantsolo

« J’aime bien G.Andriantsolo … faudrait seulement qu’il arrête d’écrire mieux et plus vite que moi … Signé : PitchBoule »

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