Chroniques de Patagachie : Ministres congrus et célestes fantômes … par G.Andriantsolo

Posted on 13 avril 2011

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Dans cette ville dont le prince est un nourrisson, la partie du Monopoly gouvernemental semble pour le moment achevée. Elle a duré plus de trois mois et demi. Les abbés du tgvisme que sont nos ministres, sont maintenant traités à la portion congrue. Le nourrisson qui joue à Richelieu ou à Mazarin, a décidé de diminuer leurs salaires du quart de leur montant et toutes leurs indemnités de la moitié.

Plus de missions à l’étranger sans autorisation du petit ou de son soigneur d’AVC. Plus d’engagement de dépenses inconsidérées, plus d’accès aux comptes de dépôt, plus d’achat de véhicules automobiles neufs, etc. etc. On savait la distinction qui existait entre véhicule de fonction et véhicule de service, même si beaucoup de véhicules de service étaient utilisés comme des véhicules de fonction. Maintenant, est-il imposé, les véhicules de fonction des ministres ne seront utilisés que comme des véhicules de service.

Serait-ce le début d’une Révolution ? L’on a déjà qualifié cet ensemble de mesures comme étant les Dix Commandements de celui qui ne se prendrait plus pour le Messie, mais pour son Père. Si l’on est un peu attentif, l’on dénombre des commandements en beaucoup plus grand nombre. Pauvres ministricules, il faut qu’ils donnent le bon exemple et c’est sur leurs dos que le nourrisson donne l’impression de se refaire une bonne conscience. Comme ils représentent un gouvernement qu’il ne voulait pas, il faut surtout leur retirer tout pouvoir d’initiative et faire qu’aucune décision ne soit prise si elle ne vient pas du nourrisson de père.

Il est vrai que, dans ce gouvernement, il y a de fortes têtes dont les crocodiles ne feront pas toujours ce qu’ils aimeraient. Ainsi le précédent général-ministre de l’Environnement devait-il être déplacé. Devenait-il trop gênant ? On lui proposa une promotion avec le ministère de l’intérieur. Un général normalement ne fait pas la fine bouche sur une promotion. Il a, quant à lui, estimé qu’il lui fallait achever à bien ce qu’il avait commencé dans l’environnement. Il se succède donc à lui-même dans son ministère.

Telle autre ministre annonce en privé qu’il faut continuer à faire ce qui a été commencé avec le MAP et qu’elle appliquera ce que Ravalo lui a appris à faire pour qu’une bonne partie des problèmes trouvent une solution et qu’ils ne continuent pas à augmenter cette betterave de cancer qui ronge la colonne vertébrale de ce qui reste d’Etat.

Innovation malgacho-malgache importante dans ce gouvernement, nous avons – c’est sans doute unique au monde – un ministre d’Etat à l’encontre de qui le ministère de la justice conserve dans ses tiroirs, à moins que ce ne soit dans son coffre-fort, une condamnation et un ordre d’incarcération. « Mon père, gardez-vous à droite. Mon père, gardez-vous à gauche ». Pour faire de la politique et être ministre, voire ministre d’Etat, il faut que ces Excellences apprennent à vivre dangereusement.

Dans ce gouvernement, la question de la parité a été sacrifiée. Les Dames se sont battues, nos Ampela ont participé à de nombreuses réunions, elles ont même signé des promesses de contrat de mariage politique qui, leur a-t-on fait croire, engageaient tous les signataires.Elles ne demandaient, dans un premier temps, qu’une parité minorée de 30%. Elles n’en ont même pas eu 20, quitte à sortir des fagots des mâles inconnus ou à peine identifiés. Il y en a même un qui se sent si incompétent qu’il a annoncé qu’il utiliserait au maximum, la compétence de sa prédécesserice.

Qu’il utiliserait ou qu’il exploiterait ? Voilà la vraie question ! Nous ne sommes pas encore sortis du machisme ambiant qui fait semblant de croire que nos Ampela ne sont plus des fanaka malemy.

Si c’est une besogne de tous les instants qui a abouti à la formation de ce gouvernement, il nous faut dire un mot rapide de la performance d’Air-Mad, dont on sait que son actuel soigneur est un nourrisson orange qu’a nommé le Nourrisson. Ce dernier mérite bien une Majuscule. On croyait savoir, depuis les temps lointains où Maurice Rajaofetra l’avait pilotée, qu’Air-Mad était une grande compagnie nationale et internationale de transport aérien. Le nourrisson qui aujourd’hui la pilote – mais a-t-il vraiment un brevet de pilote pour diriger une compagnie ? – est un acharné du travail qui refuserait même jusqu’à faire une petite grève. Il a réussi à patagachiser sa société. L’affaire ne s’est pas faite en un jour, comme il est d’usage pour le tissage du lamba de Kelimalaza.

Il y a fallu de la persévérance sur le temps long. Dans les débuts de 2009, il avait été rappelé que des pièces sur les aéronefs devaient être régulièrement changées, même si, à vue de nez comme les chiens attrapent les puces, elles semblaient encore comme neuves. La sécurité aérienne a des exigences que ne comprend pas toujours le petit peuple orange. On fit le TM. Le TM ou téhème, c’est le tarehy mampalahelo, qui permet à l’étudiant malheureux d’obtenir son examen très passablement et aux avions d’Air-Mad de continuer à voler.

Malheureusement pour la malheureuse Air-Mad , il arriva un jour où l’examinateur ne se laissa plus impressionner. Et où ses malheureux avions n’obtinrent plus de Charles de Gaulle l’autorisation de décoller de Roissy. C’est ainsi que toute une série de vols furent brutalement annulés. Et que les passagers d’Air-Mad sur un vol Paris-Marseille-Tananarive se retrouvent, partant de Marseille, être obligés de rejoindre Paris, puis par une autre compagnie de se rendre à La Réunion et enfin sur un troisième avion d’arriver à Ivato. Je pense à une gamine de six ans qui était allée chez ses grands-parents en Provence et à qui Air-Mad proposait un tel trajet, ne sachant pas qu’une passagère de six ans qui voyage seule, n’est pas aussi taillable et corvéable qu’un adulte !

Les bruits couraient dans la diaspora que le gouvernement avait réquisitionné l’avion pour rapatrier les dames et demoiselles malgaches contraintes à quitter le Liban. C’était encore un gros mensonge qui, selon la pratique hâtive, exonérait notre pauvre Air-Mad de toute responsabilité. Je ne vais pas perdre mon temps à chercher qui a lancé cette mauvaise rumeur.

Il a fallu enfin qu’Air-Mad, tout orange qu’elle fût, se résigne à faire réviser ses avions. L’un d’eux fut alors immobilisé. Et, à patagache orange rien n’étant impossible, le seul long courrier restant en usage allait faire des heures supplémentaires et faire un travail double. Nos patagaches orange n’ayant pas fait l’indispensable joro à Zanahary ou à Saint-Maotsétoung, l’avion resta bloqué à Guangzhou avec un train d’atterrissage détérioré. Si ça n’empêchait pas de voler, ça empêchait de décoller. C’est alors qu’Air-Mad à Tana fut merveilleuse. Ma petite fille qui n’a plus six ans depuis deux décennies, devait prendre l’avion le samedi 9 avril à 0 heure 15 pour un vol avec deux escales, la faisant arriver à Roissy à 12H55. Elle apprit le vendredi soir que le vol était reporté toujours le samedi à 21H15 et que c’était un vol direct. Le vol fut alors reporté au dimanche à 0H15, puis le même jour à 8H40, puis à 20H15. Air-Mad ne se prive pas d’annoncer des départs qui n’auront pas lieu, tant elle sait qu’un passager retardé ne vit que d’espoir. Quand ma petite-fille arriva à Ivato le dimanche soir pour prendre l’avion, il y avait là beaucoup de passagers potentiels dont certains espéraient déjà être partis le jeudi matin ! Et Air-Mad commençait seulement à envoyer des SMS de modification de vol ! Sans autre information. L’avion nouvellement prévu partirait le mardi matin.

Personne n’était plus sûr de rien. Pour avoir une vraie information, il fallait se renseigner en haut lieu chez une autre société pour apprendre que les pièces nécessaires pour réparer le train d’atterrissage du Boeing étaient seulement en train de voyager par avion vers Guangzhou. Pour apprendre également que la compagnie patagache s’était résolue à louer un gros porteur long courrier qui allait enfin tout écluser.

Une telle performance va coûter cher à notre chère société : payer des billets sur d’autres compagnies, des chambres d’hôtel pour les passagers retardés, la location d’un gros porteur qui était inévitable, des indemnités à tous les passagers, même si l’on sait d’expérience qu’Air-Mad par pingrerie tarde toujours à délier les cordons de sa bourse, même s’il y faudra mille signatures sur le modèle administratif.

On le voit, notre compagnie orange, quant à elle, n’en est pas réduite à la portion congrue. Elle peut dépenser. Elle a toutefois fait l’économie d’une agence de publicité qui aurait pu lui faire une belle campagne sur le thème : pourquoi ne pas voyager sur Air-Mad ? La réputation que sa performance lui aura fait gagner y aura suffi.

G.Andriantsolo

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