Les Chroniques de Ragidro : Madagascar, Tunisie ou les ratés de la diplomatie française

Posted on 31 janvier 2011

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diplomatie

Par Lalatiana Pitchboule

Lors de la révolution dite de jasmin, le tollé soulevé par la prise position de Michèle Alliot Marie, ministre des affaires étrangères étrangère aux affaires, qui proposait une assistance technique aux forces de l’ordre du régime Ben Ali,  interpelle.  En se référant à la position de la diplomatie française quant à la situation politique à Madagascar, la question   vient à l’esprit : l’assistance technique militaire apportée par la France à Madagascar,  qui continue de s’afficher depuis le 17 mars 2009, a-t-elle à un quelconque moment été remise en question ?  En quoi, dans un cadre donné, cette assistance s’avère t elle honteuse quand, dans un autre cadre, aucun acteur de la vie politique de la France  n’y trouve rien à redire ?  Deux poids deux mesures ?Deux pois de mesure ?

Ils ont été nombreux , a contrario, de Sarkozy et à Eric Raoult  (*)[1] (encore celui là !!! manque plus que Mancel dans le paysage !!!) à prendre de manière bien trop prompte, à contresens de l’histoire,  à contresens de la réalité des situations sociales et politiques, mais aussi à contresens même des intérêts de la France,  la défense d’un pouvoir rejeté par sa population. Ce sont  les mêmes acteurs politiques qui couvrent de manière plus ou moins déguisée, mais pas moins malheureuse, le pouvoir  de Rajoelina et de sa clique. Parce qu’en l’occurrence, n’en doutons pas :  si la HAT, au-delà de son incompétence, au-delà  de ses incohérence mais aussi  au-delà de ses dérives mafieuses,  peine autant à asseoir  son pouvoir, c’est parce qu’elle ne dispose toujours pas de l’assise populaire sur laquelle elle prétend   avoir légitimé sa prise de pouvoir de 2009. La crise malgache perdure parce que le putsch n’a aucune légitimité auprès d’une opinion quelque part résignée mais non acquise.  Et si la situation s’enlise depuis deux ans, c’est bien  en raison de ce rejet  porté par une opposition, certes incompétente et  inconséquente, mais qui demeure bien présente.

Sur le plan de l’acte diplomatique, les deux situations relèvent ainsi de logiques sensiblement identiques et ne reflètent qu’une seule et même chose : les errements d’une diplomatie française à coté de ses pompes. Les enjeux géopolitiques, stratégiques  et économiques à défendre définissent bien évidemment les postures diplomatiques [2], les alliances et les revirements d’alliance. On sait de même les nécessaires méandres et louvoiements d’une politique étrangère.  L’art des relations internationales se définit entre éthique, principes moraux, principes  de non-ingérence , défense de la stabilité, jeux de realpolitik, crédibilisation pour préserver les relations futures, les marchés et les ressources sans se mettre à dos ni la communauté internationale ni son opinion publique, sans donner d’armes à son opposition.  Il s’agit  là, évidemment, d’un périlleux exercice de gestion permanente de la complexité. Mais une diplomatie efficiente ne se laisserait pas ridiculement piéger  de manière aussi grossière, et aussi déplorable à moyen terme en termes d’image.

Sur la crise tunisienne,  cette diplomatie a là encore, comme à Madagascar  en 2002, comme à Madagascar en 2009, manqué curieusement l’occasion de se montrer à l’écoute des sociétés tunisienne et malgache et de leurs aspirations. L’ambassadeur Chataignier, lors d’un échange privé en février 2010, niait même la réalité de l’opposition populaire à Rajoelina.

L’acte diplomatique se fonde a priori sur la qualité de l’information et de la veille qui doit permettre aux chancelleries de disposer de la photographie la plus nette et la plus précise possible à court, moyen et long terme des forces sociales et politiques en présence dans un pays. La pauvreté de la chaine d’information de la diplomatie française, la faiblesse de son traitement caractérise probablement la faiblesse des moyens qui lui sont alloués. Le changement de paradigme qui a fait, depuis le 11 septembre, de la lutte contre l’intégrisme et le terrorisme islamiste la priorité des priorités pour l’occident, corrélé par des restrictions budgétaires  a vu un redéploiement des moyens : priorité à la rationalisation des moyens et en particulier priorité à l’intelligence électronique au détriment  du travail d’information et de veille de terrain, évidemment plus gourmands en ressources humaines. Les  représentations françaises à l’étranger ne se sont elles pas vues peu à peu dépouillées de leur moyens d’intervention, culturels en particulier,  qui asseyaient à travers leur action, d’une part, l’établissement d’une relation serrée avec les  sociétés civiles et, d’autre part, une réelle connaissance des tissus  sociaux.

Masquées par des fausses images véhiculées par des lobbys économiques et des copinages  entachés d’affairisme,  déformées par  ces enjeux qui donnent priorité à l’économie et au court terme,  les réalités politique et sociales souffrent ainsi, d’une méconnaissance voulue ou involontaire, et d’une perversion de la chaine d’information et de fait de la chaine de décision.

Echec d’une diplomatie sensée être au cœur de la connaissance d’un pays et des forces en présence.

Le discours de Villepin et la position de Chirac lors de la crise Irakienne avaient eu cette lumineuse idée : fixer une conduite cohérente sur la vérité des faits. Se définissait là une ligne politique claire à laquelle tout le monde pouvait se référer. On en est bien loin avec le pouvoir sarkozyste en place  et les guéguerres que se jouent les conseillers de l’Elysée, les lobbyistes  et le MAE. …  On est pas sortis de l’auberge avec une bande de zozos pareille. Mais vont-ils un jour faire preuve du minimum d’intelligence qu’on pourrait espérer de ces dirigeants ?


[1] Voir les interventions péremptoires de Eric Raoult sur Madagascar et la légitimité des pouvoirs respectifs de Ben Ali et de Rajoelina

[2] L’inquiétude de la France vis-à-vis de l’influence croissante de la Chine sur la Grande Ile expliquent partiellement ses prises de position actuelles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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