des patagaches et des madagons … chronique de l’absurde et de l’incompétence … par G. Andriantsolo

Posted on 27 janvier 2011

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velo du chat

de mon ami G. Andriantsolo… Respect …

RÉFLEXE CONDITIONNÉ

Comme l’ont constaté mes amis et mes correspondants, je voulais faire un brèque, restant toujours fidèle à mon bon maître Etiemble en matière de franglais. J’avais même pensé à un brèque définitif jusqu’au brèque final qui nous arrivera bien un jour, même si je ne suis pas encore pressé d’y arriver, et même aussi avec le secret espoir – n’en faites part à personne – d’y pouvoir tenir encore mon rôle d’ancêtre pouvant assister tous les miens et tous ceux qui ne sont pas retors. Mais mes amis me veulent du bien et, sachant bien mon addiction à l’information tant madagone que patagache, continuent – parce qu’ils sont bien gentils et parfaitement aimables – à me fournir des éléments qui animent le peu de réflexion qui me reste et me pousse à reprendre ma plume clavière.

Et comme, russes ou pas, d’Ivan Petrovitch ou pas, j’aime bien les chiens sans être cynophage, ma réflexion m’entraîne à parler aujourd’hui d’un réflexe conditionné. On se souvient que Patagascar fut conquise par une guerre galliénique et que la Madagonie fut ensuite soumise à des dictats tout aussi galliéniques. Les cohortes de galliéniques, père et fils, y firent la loi civilisationnelle pendant deux générations. Il y eut des Patagaches qui les pensèrent comme une sorte de petit Bon Dieu. Mais pour beaucoup de Madagons, ils n’étaient que les avatars d’un Mauvais Génie aux multiples formes. Et s’étant fait sonner les cloches pendant plus d’un demi-siècle, on comprend les réactions dès que surgit une ombre galliénique de la génération aujourd’hui des petits-fils. La main invisible ne l’est plus, c’est la main galliénique qui intervient, pour manœuvrer, manipuler et diriger tout. Je me demande toutefois si cette main invisible n’est pas passivité patagache et incompétence madagone.

Verra-t-on une atteinte à l’intégrité de notre compagnie nationale de transport aérien la décision d’Air-France de bientôt mettre en service un vol hebdomadaire supplémentaire entre Paris et Antananarivo ? Il y a là pour le tourisme une bonne nouvelle. La décision d’Air-France tient à un fait simple : pour ses réservations, elle a enregistré pour le premier trimestre 2011 une augmentation de 25% par rapport à 2008 qui fut la meilleure année en matière touristique. On n’entend parler d’aucun projet du côté d’Air-Madagascar. La clientèle lui ferait-elle défaut ou bien ne saura-t-on pas lui proposer des produits attractifs ? Ou bien encore son manque coutumier de réactivité et sa lenteur bureaucratique à prendre des décisions ? On n’est pas loin de penser tout autant à la passivité patagache qu’à l’incompétence madagone.

Dans un autre domaine, il était une fois… Non : il est maintenant, me dit-on, une société de téléphonie qui, il a quelque deux ans, pensait pouvoir créer 30.000 – je dis bien trente mille – emplois dans des centres d’appels téléphoniques. On appelle ça aussi des colcenteurs. Il y en a, on le sait, en Inde, au Sénégal, au Maroc et à Maurice – celle-ci étant aujourd’hui saturée. Avec ses jeunes parlant français et d’une certaine éducation, Madagascar offrait une opportunité. Cette société a longtemps attendu le droit de relier son câble haut débit au réseau local, elle l’a difficilement mais finalement obtenu. Elle demande l’octroi d’une fréquence rapide qui existe, mais cette fois-ci, elle n’obtient rien. Elle avait organisé un salon haute technologie à Paris au Palais des Congrès, à la porte Maillot , y avait réuni les patrons de plusieurs sociétés de colsenteurs et les avaient fait venir sous notre latitude. Ils étaient prêts à créer ces 30.000 emplois dans leurs entreprises. Mais catastrophe : ayant rencontré nos chers, très chers politiciens, ils ont cru comprendre qu’ils n’en voulaient pas. Ils ont donc abandonné leurs projets et sont donc repartis gros jean comme devant. Maintenant, ils s’installent au Brésil, un pays lusophone. Ils avaient bien trouvé chez les Malgaches toute les compétences nécessaires, sauf les compétences des politiciens. Ces derniers n’ont toujours pas compris que, dans la mondialisation, l’opportunité qu’offrent les technologies de la communication ne se renouvellent pas indéfiniment. Ils n’ont pas compris que le pouvoir économique est actuellement transféré vers les pays émergents et que bientôt la Chine, l’Inde et le Brésil seront au nombre des tops faives. Ils n’ont pas compris qu’en matière économique, deux ans, trois ans, cinq ans, dix ans de retard, ne se rattrapent pas. Ils remettent à un demain qui recule au fur et à mesure que le temps passe, les décisions les plus urgentes. Ils ne veulent pas que le pays dans son ensemble y gagne quelques parts de ce marché et préfèrent continuer à défendre leurs petits intérêts personnels.

Par honnêteté intellectuelle, je me dois de dire que cette incompétence hâtive a quand même fait le bonheur de quelques compatriotes. Recrutés par cette société et ayant reçu d’elle une formation qui les rendaient parfaitement opérationnels, ils étaient sur place en quelque sorte sous-employés par leur société. Celle-ci les a expédiés travailler au siège à Paris ou à San Diego dans la Silicon Valley avec de pharamineux contrats d’expatriés. Le malheur d’un grand nombre fait le bonheur de quelques hapifious.

La passivité patagache et l’incompétence madagone – j’y reviens – se sont aussi manifestées dans la prise de parole de notre bien-aimé Camille. Ils ne leur suffit pas de continuer à tout faire échouer sur des écueils Hâtifs et à tout faire couler au plus profond, ils en rajoutent et, pour justifier cette pompe à fric – Hourrah, cornes au cul, vive le père Ubu ! – que va être la fameuse passerelle unique située dans un paradis fiscal, ils dénoncent les énormes profits de ces sociétés de téléphonie. Elles paient des impôts à Madagascar mais on ne le dit pas. On insiste au contraire sur le fait qu’elles ne feraient rien dans le « social ». Or, nous savons que la société dont nous parlons dépense chaque année des centaines de milliers d’euros dans le social à Madagascar, à commencer, par exemple, par ces 40.000 euros donnés à Mialy pour venir en aide aux sinistrés de l’incendie de Foulpointe. Elle n’est pas la seule. L ’hôpital qui va être construit à Anosipatrana va coûter onze milliards d’ariary. Qui le finance ? C’est un autre investisseur français, Alain Moyon, patron d’un fonds d’investissement depuis une vingtaine d’années qui a obtenu cette contribution des multiples sociétés qu’il représente. Vous savez, c’est lui qui, avec son papa qui était ici en vacances, avait été expulsé en février 2009 et qui a gagné tous ses procès contre ses accusateurs.

La critique qui leur est faite les fait enrager. A tort, car ils n’ont pas encore acheté le petit Larousse Hâtif qui aurait pu leur indiquer ce qu’est le public-cible de ces actions « sociales » demandées et ce qu’est une action « sociale » chez nos chers Crocodili ambohitsorohitrenses. C’est la contribution qui est accordée à la suite d’une « négociation » (voir la définition dans la chronique précédente). Il ne s’agit évidemment ni de secours à des sinistrés ni de construction d’hôpital.

Ces patrons ont bien pris note de la décision du ministre des Finances de faire rentrer au pays le produit des ventes à l’exportation. Un service spécial a été mis en place sous la direction d’un expert fiscal français – tiens, encore un ! –, qui va aussi veiller à la véracité des déclarations de recettes. Les exportateurs de letchis dont les recettes prennent des vacances sous d’autres cieux, n’ont qu’à bien se tenir. Mais les patrons se demandent bien pourquoi la passerelle unique doit être installée dans un paradis fiscal où elle ne paiera pas d’impôt à l’Etat malgache. Décidément, comprenne qui pourra.

On comprend qu’il soit difficile de battre sa coulpe. Mais la main invisible qui fait tout échouer – je me répète –, ce n’est pas une main étrangère, voire galliénique, ce sont cette passivité et cette incompétence auxquelles le Larousse Hâtif donne une toute autre définition.


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