Dictature du court terme, court terme de la dictature …

Posted on 10 novembre 2010

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Par Lalatiana Pitchboule

« Haute Autorité de la Transition » libellait-on, définissant  dans l’essence même du mot Transition un  bail précaire que le TGV s’accordait à lui-même. Emporté par son propre mouvement, ne disposant d’aucune ressource, il ne disposait pas non plus de celle du temps. Demain n’existant pas, seule l’urgence pouvait prévaloir. Mais l’urgence, instituée en mode de fonctionnement, finit par s’annuler elle-même quand elle devient précipitation et quand elle aboutit à des initiatives illisibles… Illisibilité de l’avenir …

Face à un pouvoir en place incapable de produire une quelconque vision de l’avenir, on doit malheureusement constater la même incapacité de l’opposition  à offrir une alternative et un projet crédible sur du long terme … Le TGV est maître du temps … Il efface le passé quand l’opposition s’y accroche. Mais l’un comme l’autre, il sont incapables de projeter un quelconque futur, accrochés à un présent que rythme  le fatras d’initiatives du TGV, initiatives de prime abord extravagantes mais oh combien efficaces quand il s’agit de monopoliser l’espace politique.

Il est clair que les moyens d’action et d’initiatives sont là à la disposition du pouvoir en place qui se permet de fait  tous les effets d’annonces, même si on sait celles-ci sans grande portée si ce n’est populiste et clientéliste… Le pouvoir malheureusement ne se gagne pas – et ici, ne se conserve pas – sur des projets à long terme mais sur des promesses pour demain matin… Ainsi, promettre  des stades et des salles de spectacle quand les enjeux sont la résorption de la pauvreté – panem et circenses sans le panem –  ne reflète que l’incompétence du TGV  à penser le développement du pays et son inaptitude à bâtir les stratégies et les politiques nationales,  régionales ou même locales nécessaires à ce développement. Mais l’opposition le peut elle ?

La défense des intérêts particuliers, aspect saillant des pouvoirs et des acteurs des différents  bords en place, entretient une seule logique : le court terme. Retrouver des logiques qui permettraient de  concevoir sur le long terme exigerait de bannir toutes les logiques clientélistes.  C’est une évidence maintes et maintes fois énoncée.  Mais on a là une véritable dictature de la facilité : ne pouvant donner satisfaction sur le fond, il s’agit de donner l’illusion qu’on agit et qu’on ne perd pas de temps. Le court – terme est ainsi institutionnalisé de part et d’autre.

Ranjeva est intéressant sur ce plan où il énonce un principe sur le registre   « il faut laisser du temps au temps », même s’ils se trompe, à mon humble avis,  sur la tactique qui lui permettrait  d’être reconnu pour des échéances plus longues.  L’idée  de le voir remplacer le TGV à la tête de la transition ne suffira pas pour faire rêver les foules.

La démocratie et le développement ont besoin de temps. L’absence de projection vers l’avenir et l’ancrage de l’action politique sur l’immédiateté ne fait le lit que d’un seul régime : celui de la dictature. C’est celle qu’on nous promet désormais si nous ne sommes pas capables de prendre véritablement en compte que  « le long terme est urgent ».

Quelqu’un a écrit  : «La production du leader devient un des grands problème de la démocratie. Qu’est ce qu’un leader ? C’est l’incarnation du futur dans nos sociétés ».  Il est inquiétant  que les leaders actuels n’aient que le stade de Mahamasina pour ligne d ‘horizon.

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