Diaspora malgache et co-développement ( chap 3)

Posted on 23 septembre 2009

9


Par Lalatiana Pitchboule

Coopération, Aide Publique au Développement, co-développement …

Les politiques de coopération et d’aide au développement se sont définies au cours des précédentes décennies en reflétant les enjeux stratégiques des pays donateurs et l’évolution des théories économiques prônées par les institutions financières. Les modèles de l’aide massive (« Industries Industrialisantes », « Pôles de croissance »), ont ainsi évolué en modèles du « rééquilibrage des finances publiques » (PAS : Programmes d’Ajustement Structurels). Les années 90, confrontées à la question enfin devenue primordiale de la réduction de la pauvreté et de la satisfaction des besoins essentiels, ont vu apparaître de nouveaux archétypes préconisant la mise en place de stratégies de coopération équilibrée. Se sont mis ainsi en place d’une part l’articulation d’acteurs non gouvernementaux (ONGs locales) et, d’autre part, la diversification des canaux bilatéraux d’aide au développement.

Même s’il s’inscrit désormais dans une tendance à la hausse, le niveau mondial de l’Aide Publique au Développement reste encore très loin de l’objectif des 0.7% De plus, cette augmentation certes méritoire laisse perplexe quand les besoins évalués pour satisfaire les objectifs du millénaire se chiffrent à 250 milliard de $ par an. Quand bien même les pays du Nord honoreraient leurs engagements, ces sommes ne satisferaient qu’à moitié les besoins des pays en développement. La nécessité de trouver de nouveaux moyens de financements s’impose donc avec force à l’heure où les ressources mobilisées peinent à rendre viable à long terme le développement des pays du Sud
(« Rapport sur le co-développement ». GODFRAIN / CAZENAVE 2007)

C’est dans le sens de cette diversification que les institutions internationales et les pays donateurs ont pris en compte les apports potentiels des diasporas dans le développement.

Le terme de co-développement définit ainsi une approche qui – impliquant A LA FOIS les institutions étatiques, les organisations internationales, les associations de migrants et les sociétés civiles locales – veut faire des migrants des acteurs effectifs de la croissance de leur pays d’origine (mais aussi de leurs pays d’accueil respectifs !). (*)

Dans le cadre de la politique de participation des sénégalais de l’extérieur à l’effort national de développement, le Gouvernement de la République du Sénégal a organisé en 2001, à l’initiative de Son Excellence Maître Abdoulaye WADE, Président de la République, le « Symposium sur le partenariat entre l’Etat et les Sénégalais de l’extérieur », rencontre qui a permis de mobiliser tous les acteurs pour mener une réflexion sur l’implication de la diaspora sénégalaise dans le développement économique et social de notre pays, mais également pour définir les conditions et les appuis nécessaires. http://www.codev.gouv.sn/

Cette approche (voir notre article) définit les buts et moyens suivants :
– La mise en place de structures financières et inter-bancaires Sud/Nord/Sud ainsi que de mesures incitatives (bonification des taux, fiscalité favorable, moyens de paiement et de transfert assouplis, etc …) pour :
– Structurer les transferts de fonds informels pour des apports en devises plus profitables à la balance des paiements (crédits, échanges électroniques ; …),
– Attirer l’épargne des migrants vers des produits de placement locaux,
– Attirer les capacités de financements des migrants vers des investissements véritablement productifs et porteurs de croissance dans l’économie locale,
– Favoriser l’entreprenariat du migrant dans son pays d’origine.
– L’incitation au retour des migrants (qu’ils soient experts ou non) en leur offrant en termes d’accueil, d’investissement, de revenus (subventions d’aide au retour, fiscalité aménagée, prêts d’emménagement, prêts d’investissements, …), des conditions propres à les inciter à un retour sans attendre de satisfaire l’ambition d’une retraite au pays bien méritée …
– La mise en place de mesures incitatives et de structures, d’outils (i.e NTIC) et de modalités de coopération et d’échanges entre les groupes de techniciens, d’experts, de chercheurs, d’universitaires de la diaspora et des pays d’origine. On voit là, en particulier, un moyen de mieux impliquer les natifs du pays plutôt que de coûteux experts étrangers sur des projets de recherche, d’études et développement dans les domaines juridiques, scientifiques, agricoles, économiques, financiers, éducatifs , etc …
– La fédération des associations des migrants de la diaspora et la mise en place de structures d’échanges avec les tissus économiques locaux, les sociétés civiles et les ONGs locales, afin de caractériser, identifier et réaliser les projets de développement et d’intervention les plus pertinents.
– Le développement des synergies ONGs et / OSIM (Organisation de Solidarité Internationale Issue des Migrations : i.e Vonjy Madagascar).
– La mise en place de structures étatiques jouissant d’une couverture interministérielle pour assurer l’accompagnement et l’interface de ces différentes mesures au niveau local, national et international.

Les formes d’applications seront nombreuses, reflétant évidemment les nuances de pays à pays en termes de culture, d’histoire, d’économie, de finance, et surtout de volonté politique.

Mise en place d’un ministère des Guinéens de l’extérieur
La Guinée se dote d’un ministère chargé des questions relatives à ses ressortissants vivant à l’étranger. Un décret présidentiel portant sur les attributions et le fonctionnement du ministère des Guinéens de l’extérieur vient en effet d’être publié le 26 août 2009. Le texte donne pour mission à ce ministère « la conception, l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation de la politique du gouvernement en matière de gestion des Guinéens de l’extérieur ». Il s’agit donc « d’élaborer et de promouvoir les politiques et stratégies visant l’implication réelle et la participation effective et soutenue des Guinéens de l’extérieur à l’effort du développement national ». Sam 29 août 2009

Pays en illustration : 1) le Maroc …

Selon l’Office Marocain des changes, les transferts des migrants du Maroc représentent annuellement une moyenne de 4,7 milliards de dollars (données 2004), soit 9,5% du PIB.
En termes de financements, 70% des investissements des migrants marocains ont pour destination leur pays d’origine, contre 23% pour le pays d’immigration… Quand, en dernier ressort, on apprend que 30% des dépôts des banques marocaines sont détenus par ces expatriés, on s’assied …. et on réfléchit.

Il n’est donc pas anodin, dans ce sens, que le gouvernement marocain témoigne suffisamment d’intérêt à sa diaspora pour lui dédier un ministère délégué auprès des Affaires Etrangères et de la Coopération chargé des Marocains Résidant à l’Etranger… Cause ou effet des flux, ci-dessus ?

Les transferts effectués par les migrants vers leur Maroc natal, sont facilités par un réseau bancaire de proximité développé par les banques marocaines à l’étranger qui ciblent particulièrement leurs ressortissants. Ce réseau qui s’est imposé face aux banques des pays d’accueil, a en particulier accompagné une évolution de la part des transferts dans le PIB du Maroc de 5,5% en 1999 à 9,5 % en 2004.
Sur un autre plan illustrant simultanément les thèmes du retour au pays, de l’investissement, de l’entreprenariat, du développement local, de la coopération avec les autorités nationales et internationales, le cas de l’ONG marocaine Migrations et Développement (M&D http://www.migdev.org/) s’avère significative d’une expérience réussie en termes de co-développement.

Le fondateur de M&D, licencié de son entreprise de sidérurgie, réussit dans les années 90 à convaincre un groupe de marocains dans la même situation de rassembler leurs primes de licenciement et de départ (cf mesures d’aides de retour au pays) pour un projet de retour et de développement durable.
En s’attachant à impliquer sur un mode participatif les bénéficiaires villageois, les migrants et les acteurs locaux mais aussi des acteurs internationaux, sur des actions à moyen et long terme de développement de zones aux infrastructures rudimentaires, M&D a ainsi porté à son actif des réalisations probantes :
– La conduite d’un vaste projet d’électrification décentralisée de 116 villages dans quatre provinces du sud du Maroc (lequel a fini par pousser les autorités marocaines à investir dans la région une fois désenclavée),
– l’irrigation et l’adduction en eau potable de 350 ha de terres arables,
– Le lancement, avec les élus et administrations locales, d’infrastructures qui a permis la mise en place de construction de 603 Km de routes pour accéder sur la zone aux 39 communes rurales non encore reliées au réseau routier national.
– Le développement e 26 ’Ecoles « Non Formelles » (ENF), accueillant dans une classe unique, et avec des horaires et modes éducatifs adaptés aux villageois, des jeunes de 6 à 18 ans.
– La réalisation de programmes d’échanges bilatéraux de M&D promouvant des rencontres pouvant déboucher sur des jumelages entre les régions. Une centaine de Chantiers Echanges de jeunes ont dans ce sens eu lieu mobilisant plus de 1000 participants, associant des groupes de jeunes aux villageois pour des travaux de construction, d’irrigation, etc … En leur offrant d’une part l’occasion de vivre ainsi une rencontre avec une culture différente (parfois celle de leurs parents)et, d’autre part, une sensibilisation aux enjeux du développement.
– le développement d’investissements économiques relatif à la valorisation de produits locaux (safran, huile d’olive, huile d’argan … ) et au développement du tourisme rural.

A l’image du Maroc, différents pays africains se sont depuis engagés dans cette démarche d’intégration et d’implication de leurs diasporas. Les gouvernements de pays tels que le Nigeria, le Ghana, la Guinée, le Kenya, le Mali, la Cote d’Ivoire, le Sénégal, l’Ouganda, le Soudan, énumérés ici de manière non exhaustive, ont ainsi formellement reconnu la nécessité de mettre en place des structures étatiques pour favoriser et développer les échanges des émigrés avec leur pays. Ce développement s’est établi sur la base de coopération structures officielles – fédérations d’associations tournées vers le développement, tout en faisant jouer les mécanismes financiers et logistiques fournis par les programmes nationaux, bilatéraux ou internationaux.

Pays en illustration : 2) la Chine …

Un autre exemple significatif du sujet nous est fourni par la Chine dont le développement actuel s’est largement appuyé sur une implication de sa diaspora.

Dans l’objectif d’attirer et d’exploiter au mieux le potentiel technique, scientifique, culturel et économique de ses migrants, les autorités chinoises ont très tôt modifié les contextes réglementaires (visas à entrées multiples, contrats de travail, …), ou aménagé de manière incitative leurs conditions d’intégration économique (exemption de taxes et d’impôts, avantages compensatoires aux variations de salaires, primes de retour, …).

Les membres de la diaspora chinoise ont de même pu bénéficier, à tous les niveaux de l’Etat y compris de manière décentralisée, d’un support logistique ad hoc (création de parcs technologiques dédiés), mais aussi de la mise à disposition d’infrastructures de communication et d’information spécifiquement adaptées pour favoriser les échanges qu’ils devaient maintenir avec l’extérieur.

Sur le plan politique, une instance gouvernementale a été créée : le « Department for Overseas Chinese Affairs (Qiaoban) » dédié aux affaires touchant la diaspora chinoise, est rattaché directement aux plus hautes instances de l’Etat. Il dispose de représentations régionales, locales et internationales au sein des ambassades chinoises à l’étranger.

La « All China Federation of Returned Overseas Chinese » est par ailleurs la structure fédérative qui assure le développement des relations entre les expatriés et le pays en promouvant des échanges culturels, touristiques ou des échanges de délégations. Sa branche humanitaire « Overseas Chinese Economic andCultural Foundation of China » a récemment collecté en 3 ans 60 millions de dollars pour bâtir près de 600 écoles.

En 1990, la loi sur la protection des droits et intérêts des expatriés stipulait que les migrants revenus au pays et leurs familles disposaient désormais du droit de quitter le territoire chinois et de repartir s’installer à l’étranger.

Fruit de cette politique ou origine de cette politique, 70% des investissements étrangers directs qui parviennent en Chine, moteur de croissance essentiel de l’économie chinoise, ont pour source la diaspora chinoise (y inclus Hong Kong et Taïwan) qui a massivement investi dans les industries de main-d’œuvre des « Special Economic Zone ». Les autorités politiques ont, dans ce sens, donné instruction aux exécutifs locaux d’accorder des conditions préférentielles aux investissements des expatriés (baisses d’impôts, droit de l’héritage, droit foncier pour l’établissement d’industries, etc …).

L’investissement immobilier privé a, lui aussi, fait l’objet de mesures incitatives en faveur des membres de cette diaspora chinoise.

Enfin, la coopération technique et scientifique s’est en particulier illustrée par des investissements, faisant jouer tous les mécanismes de lobbying auprès des grandes compagnies et des institutions occidentales. On a vu ainsi le « MIT chinois » la Tsinghua University recevoir des expatries 70 % de ses dotations.

Les exemples sont ainsi nombreux, de Singapour, de la Corée du Sud, de l’Amérique Latine (Colombie, Brésil, Mexique, Venezuala), bref de ces gouvernements et de ces groupes sociaux qui ont mis en place les structures d’échange et de coopération nécessaires et efficientes, conscients que le développement et l’aide au développement ne pouvaient plus désormais se satisfaire de l’unilatéralité pratiquée les décennies précédentes.

Et nous … et nous … Où en est on ?

L’Afrobaromètre 2008 constate que sur le panel de populations de 18 pays d’Afrique étudiés, si plus de 20 % déclarent recevoir au moins une fois par an (41 % au Cap Vert, 27% au Sénégal) des revenus provenant de proches expatriés, ils ne sont que 4% à Madagascar qui ravit la dernière place de ce classement à la Tanzanie (2%).
Ce chiffre très justement commenté dans Madagascar Tribune par le forumiste Vahiny – qui m’a gâché mon effet d’annonce😉 – ne doit pas laisser conclure que « les émigrés malgaches soient moins généreux, mais seulement qu’ils viennent de milieux plus favorisés … » … Donc moins solidaires ?

Sur le plan associatif, le Journal Officiel de la république française recense plus de 1700 créations d’associations dont les statuts font état du mot « Madagascar » .

Dont
– Interventions sociales (930)
– Culture, pratiques d’activités artistiques, pratiques culturelles, chant choral, musique (429)
– Associations caritatives, humanitaires, aide au développement, développement du bénévolat, (266)
– Conduite d’activités économiques (156)

De cet effectif, 35% seraient actives (estimation par sondage). Majoritairement d’origine malgache (beaucoup sont aussi le fait de sympathisants européens attachés au pays et à l’action humanitaire), ce tissu associatif dénote un profond attachement de la communauté gasy expatriée à ses valeurs et à ses racines, mais reflète aussi pour beaucoup leur désir de continuer à intervenir dans la vie et le développement du pays. Mais que leur offre t on ?

Sur le plan bancaire, la BFV – Société Générale et la BNI – Crédit Agricole, proposent des services spécifiques aux résidents gasy de France (représentation en France pour la BFV, épargne, crédit immobilier, transferts de fonds, investissements). Mais au niveau de l’Etat, point de structure gouvernementale qui, à l’image de ce qui a été vu, ait pu montrer une volonté politique et économique de mieux impliquer ET MOTIVER la diaspora malgache. Il est vrai que le rôle des ambassades et des consulats pouvait partiellement couvrir ce projet. Mais …

L’absence de volonté politique est le reflet d’une relation ambiguë entre l’Etat malgache et sa diaspora. Celle-ci, on l’a vu (cf notre article) est, en particulier depuis 1975, partiellement le fruit d’une forme d’émigration politique. Dans ce sens elle porte différents courants d’opposition aux régimes successifs. Au gré des renversements de pouvoir les relations diaspora malgache – hommes d’Etat décrivent des jeux d’amour et de haine dont personne ne sort gagnant et certainement pas les diasporas en termes de reconnaissance, ni le pays en termes de progrès. Les alliances se renversent vite quand les opposants d’hier parvenus au pouvoir voient se lever une nouvelle contestation.

La diaspora malgache semble ainsi n’avoir d’intérêt aux yeux des hommes politiques malgaches que comme vecteur d’opposition au gré des changements de régime, au gré des exils et des projets de reconquête du pouvoir.

Ceux là même qui refusaient aux migrants et émigrés le droit de vote quand ils étaient au pouvoir, vivent dans les revirements de situation un revirement de leur propres attitudes. La « Gasypora », caisse de résonance de leur opposition et de leurs luttes de reconquêtes en même temps qu’outil de lobbying auprès des institutions des pays d’accueil dont ils quêtent une reconnaissance internationale de leur légitimité perdue, est vue comme un danger dès lors qu’ils sont installés au pouvoir. Ratsiraka, Ravalomanana et Rajoelina l’ont vécu et le vivent.

La méfiance des gouvernants par rapport à la « Gasypora », méfiance malheureusement reliée par les médias pro-gouvernementaux auprès des nationaux restés au pays, a probablement obéré la mise en place de structures de coopération efficientes.

Le tissu associatif malgache expatrié, fruit de volontés isolées, souffre probablement de l’inexistence d’une quelconque fédération qui pourrait apporter un soutien logistique, méthodologique et informationnel et assurer leur mise en relation tant avec les institutions des pays d’accueil, qu’avec les instances internationales et bien évidemment avec le gouvernement de l’Etat malgache et la société civile (ONG).

Une initiative semble avoir été prise avec Hetsika Diaspora, association qui a vu le jour en 2000, laquelle affichait une vocation de fédérer et représenter le tissu associatif malgache. La base Forim (Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations) la décrit affiliant deux associations respectivement de jeunes et de femmes. Son site web hetsika-diaspora.gasy.org, qui n’est pas en accès public mais en accès réservé (??!!), semble définir une orientation fortement politisée – de fait, peu fédératrice – qui ne peut être propice à la satisfaction d’enjeux de coopération et de développement.

Pourtant, les moyens et la volonté des pays d’accueil et des institutions internationales sont là …

L’union Africaine ( ) et la Banque Africaine de développement, le PNUD et l’Union Europeenne () , La Banque Mondiale pour ne citer que ceux là ont lancé des programmes d’accompagnement et de financement des politiques de mobilisation des diasporas (voir notre article) mais aussi de financement d’actions de projet de développement qui mettraient spécifiquement en relation les associations d’expatriés avec les tissus économiques et les ONGs locales.

Les gouvernements des pays d’accueil, mais aussi les collectivités locales, sont eux aussi à l’origine d’actions favorisant cette coopération qui impliquent des structures officielles et civiles spécifiquement dédiées au co-développement.

Le gouvernement français est ainsi particulièrement actif dans la lignée de sa politique de coopération. Il a posé le concept sémantique de co-développement, et initialisé une politique active dans le domaine posant les principes d’une coopération spécifiquement élargie aux diasporas. Cette politique veut faire émerger les projets au niveau local, encourager la coopération décentralisée, valoriser l’épargne des migrants, rendre plus facile l’accès au crédit, inciter le secteur bancaire à aménager ses dispositifs en faveur du co-développement et mobiliser à la fois les administrations et les diasporas.

La mise en place du FORIM (Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations) qui regroupe en 2007 quelques 700 associations issues d’une vingtaine de pays d’Afrique, dessine un lieu de concertation entre les associations de migrants et les administrations françaises sur la politique d’aide au développement.

« (le Forim) … est une instance de représentation des OSIM (Organisations de Solidarité Internationales issues des Migrations), chargée de promouvoir les initiatives de ces associations en leur servant d’interface ». (« Rapport sur le co-développement ». GODFRAIN/CAZENAVE. Janvier 2007)

Par ailleurs, sous l’égide d’un « Ambassadeur délégué au co-développement », rattaché administrativement au secrétaire général du MAE français, des programmes concrets, dont ont pu bénéficier le Mali ou le Maroc à titre expérimental, ont été lancés. Les crédits sont déconcentrés au niveau des ambassades qui sélectionnent des programmes mettant nécessairement en œuvre les migrants. L’ambassade de France à Madagascar a ainsi lancé un appel à projets de développement strictement à destination de la diaspora malgache de la Réunion.

Au niveau collectivités locales, le programme de Paris sous son « Paris label co-développement Sud », qui soutient les projets spécifiquement « ouverts aux associations domiciliées à Paris dont les adhérents sont des migrants » caractérise l’engagement général des acteurs de la vie publique française sur le sujet (Conseil régionaux, Conseils généraux, Villes, Ministère de l’Immigration … ).

En conclusion …

Les solutions et les expériences sont là. Les axes d’intervention possibles sont éminemment faciles à caractériser. Il suffit d’un peu de volonté et d’imagination en s’appuyant sur les modèles préconisés et les référentiels de réalisations déjà menées, y compris par les malgaches eux-mêmes.

Engagement général, dit on … Où est donc celui qu’on pourrait attendre des acteurs politiques malgaches ? Le tissu associatif qui intervient déjà en humanitaire, social, en développement économique, en formation, en relation ou non avec les ONGs du pays, a ainsi bien du mérite à mener et réussir ses actions en dépit de l’inexistence des structures de support que d’autres pays sont capables d’offrir à leurs ressortissants expatriés.

Faute de volonté politique…

Et pourtant les enjeux de développement exigeraient qu’aucun projet politique n’ignore plus cette diaspora malgache … L’ignorer relève à notre avis du non-sens, du plus grand aveuglement politique et économique et d’un cynisme absolu.

… Alors même que la démarche doit dépasser les clivages politiques mais aussi les égoïsmes naturels. C’est de citoyenneté et de responsabilité dont il s’agit. …

___________________________________________________________
(*) Les gouvernements des pays du Nord ont par ailleurs un double intérêt au sujet : 1) pallier à la baisse des volumes nominaux qu’ils attribuent à l’aide au développement 2) mieux gérer leurs flux migratoires. Que le Ministère de l’immigration de la République Française se nomme désormais « Ministère de l’Immigration, de l’Identité Nationale et du Développement Solidaire » n’est pas anodin.

(c) Patrick Rakotomalala (lalatiana pitchboule)-Novembre 2009

Posted in: opinions