De l’identité de la Diaspora malgache : tentative d’approche … (2ème partie)

Posted on 1 septembre 2009

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Par Lalatiana Pitchboule

La diaspora malgache, établie sur des générations et des migrations successives, répondant à des logiques différentes dans leurs genèses respectives, ne peut donc être ni définie ni caractérisée de manière stricte.

L’attachement viscéral du malgache expatrié – et du métis – à ses origines, à sa terre, à sa culture et à son ancestralité reste l’élément invariant. Mais les amalgames sont imbéciles, qui ne prennent pas en compte les différences mais aussi l’enchevêtrement profond de ces groupes qui ont bâti une identité particulière.

Identité et intégration …

Le rapport à la culture européenne et française en particulier, le rapport aux études, l’importance de la famille, l’attachement au pays, posent le socle de cette identité. Sur ce socle, la capacité d’adaptation du malgache, sa relative dissémination, son niveau élevé d’éducation, son professionnalisme, sa faculté à s’approprier une attitude d’ouverture qui fait une synthèse cohérente de sa culture d’origine et de celle de son pays d’accueil, et de fait sa civilité, lui ont permis de bénéficier au sein des sociétés européennes d’une image de « bon étranger » qui échappe aux stigmatisations classiques et jouit d’un réel capital de sympathie.

Elément de son intégration, l’attachement profond du malgache à la religion définit une fonction particulièrement forte en termes de construction identitaire, quand sa pratique religieuse fervente le distingue profondément de l’ensemble des français, opérant en cela un subtil mélange de cartésianisme et de spiritualité.

Par ailleurs, l’identité ethnique et l’identité de caste sociale, à laquelle se rattache toutefois le migrant malgache, déterminent un attachement au groupe de souche et sa valorisation. La multiplicité et l’émiettement d’associations éparses bâties pour conforter cette identité reflètent probablement cette caractéristique.

Sur le plan de l’identité culturelle, une très forte revendication culturelle, menée de manière éclectique à travers des manifestations sportives ou artistiques sélectives, voit le malgache mener une promotion de son pays et tenter de conserver le lien avec sa culture d’origine.

Enfin, l’identité politique du migrant malgache est elle-même polyforme. Issu d’une émigration, on l’a vu, souvent d’origine politique – de la période coloniale aux périodes post-coloniales – le malgache migrant vit donc souvent un profond désaccord avec le régime politique en place à un instant donné. Les différents changements de régime politiques ont ainsi construit des sensibilités politiques différentes, et souvent violemment opposées, toutefois empreintes d’une expérience effective de la démocratie.

Ces éléments identitaires définissent un groupe social éparpillé, curieusement peu structuré où, à quelques exceptions près, l’informel et l’initiative de l’individu ou de petits groupes constitués fait règle en terme d’action collective.

L’associatif et le religieux,  éléments structurants de la diaspora malgache … ?

Les attributs identitaires évalués précédemment marquent les structures, essentiellement associatives, qui se sont bâties au fil du temps, d’abord pour faciliter l’adaptation et l’intégration du migrant étudiant puis pour lui permettre d’entretenir un lien communautaire.  Une multitude d’associations éparses à vocation indifféremment culturelle, sportive, sociale, artistique, politique ou humanitaire fixe ainsi l’enracinement de ces malgaches à leur culture et à leur pays.

Mais l’émiettement et l’éparpillement de ces associations ne fait l’objet d’aucune fédération qui soit. A Paris, les foyers Cachan et Arago, qui fondent le cordon identitaire de la diaspora malgache, constituent un des seuls noyaux communautaire effectifs (il n’est pas anodin que l’une des premières initiatives de la HAT ait été une tentative de main mise sur la direction du foyer Arago). Toujours en France, le CEN (Comité Exécutif National) qui prend en charge l’organisation annuelle du RNS (Rencontre Nationale Sportive) manifestation sportive qui rassemble plusieurs  milliers de participants, athlètes et familles, illustre toutefois les capacités de mobilisation de cette communauté. La manifestation du GTT de mai 2009 à Bastille est une autre illustration de l’aptitude de la diaspora à se rallier de manière étendue par delà les frontières.

Sur le plan religieux, enfin, la FPMA (Fiangonana Protestanta Malagasy aty Andafy) qui fédère à travers ses 31 paroisses quelques 5000 fidèles, présente une tentative aboutie d’organisation de groupes à l’identité spirituelle et à l’activité communautaire marquée.

Internet et ses journaux gasy en ligne, Sobika.com – portail de référence   de la diaspora –  mais aussi les réseaux sociaux (FaceBook, Twitter) sont les vecteurs d’information et d’échange de cette communauté largement ouverte aux nouvelles technologies : la gasy blaogy s’est ainsi révélée d’un impressionnant dynamisme en termes d’expression des opinions lors des évènements. Mais hors ces supports, point d’émergence d’un journalisme et d’une presse véritablement dédiés à l’information de la diaspora où l’informel et le bouche à oreille ouvrent un boulevard à la rumeur.

En première conclusion  …

Cette diaspora a son identité … Cette diaspora agit pour son pays … à travers son tissu associatif qui intervient en social, en humanitaire ou en développement … A travers ses attaches familiales … à travers ses investissements.

Si on a affaire ici à une communauté globalement virtuelle, il reste que le niveau de formation de ses membres, leur technicité, leur culture politique et démocratique et souvent leur réussite professionnelle traduit un énorme potentiel en termes de contribution au développement économique, politique, social et culturel de la Grande Ile. Ce potentiel ne demande qu’à être mobilisé, organisé et développé bien au-delà des initiatives et des actions déjà menées et des structures en place. Par ailleurs, il est patent que la nouvelle génération aspire véritablement, à l’identique des revendications identitaires actuelles des jeunes malgaches restés là bas, à un retour vers le sol de leurs origines. Ces jeunes brûlent d’un nouvel idéal qui est non plus « paraître » mais « agir » et restituer au pays ce qu’ils pensent lui devoir.

Dans ce sens, il est choquant que ces malgaches ne puissent encore jouir du droit de vote dans leur propre république, décision qui serait pourtant le premier pas symbolique significatif d’une volonté politique de mieux les intégrer à la vie et au développement de leur patrie ….

Mais tout cela n’est toujours affaire que de vision prospective, de volonté et de courage politique …

… Suite au prochain numéro « Développement et diaspora malgache : initiatives, limites, exemples et perspectives… »

(c) Patrick Rakotomalala (lalatiana pitchboule)-Novembre 2009

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