De l’identité de la Diaspora Malgache : tentative d’approche … (1ère partie)

Posted on 1 septembre 2009

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Par Lalatiana Pitchboule


Une communauté transparente difficile à caractériser …

La diaspora malgache s’est construite en plusieurs flux de ce qui s’est avéré plus une émigration de savoir qu’une émigration de travail. Contrairement aux migrants de l’Afrique et du Maghreb qui, à l’origine, se sont expatriés en masse pour répondre à des besoins de main-d’œuvre des industries et des services des pays développés du nord, le migrant gasy partait en Europe pour y acquérir une formation supérieure propre à satisfaire ses aspirations sociales dans une société malgache qui a traditionnellement toujours considéré le savoir comme valeur essentielle.

La parfaite intégration de ce migrant – reconnu « sans problèmes » (excellent niveau de formation, culture parfaitement adaptée aux valeurs européennes) en termes d’immigration et d’intégration – le rend inintéressant pour le sociologue ou l’anthropologue européen  dont la logique d’études, bâtie sur des logiques assimilationnistes,  n’accorde prioritairement d’intérêt qu’aux relations interethniques à « problèmes ». Cela rend, de fait, le sujet d’étude difficile et hasardeux quand il s’agira de caractériser ce groupe social et ses potentialités. D’autant qu’il s’agit de rattacher à  cet ensemble non pas  les seuls ressortissants malgaches issus des mouvements migratoires de la période post-coloniaux, mais aussi tous ceux qui, de leur origine parfois lointaine ou métissée, nationaux ou binationaux, gardent un attachement profond au pays de leurs ancêtres.

Majoritairement installée en France (métropole et DOM-TOM, à la Réunion en particulier) , mais aussi en Allemagne, Suisse, Belgique, Italie, Norvège, désormais au Canada et aux USA nouveaux espaces symboliques de succès ou sur le continent Africain, la diaspora malgache, par ailleurs, n’a fait l’objet que d’un faible nombre d’études sociologiques ou anthropologiques. En corollaire, l’inexistence  de statistiques ou d’enquêtes probantes constitue  en soi une caractéristique de cette diaspora « transparente » aux yeux des pays d’accueil : les chiffres donnent ainsi de 25 000 ou 50 000 … à 150 000 ( !!!) malgaches en France -.

Cette  transparence relative est aussi symptomatique de la relation ambiguë et du désintérêt des gouvernements malgaches successifs envers ces représentants de Madagascar à l’étranger. La longue histoire de cette émigration qui s’est partiellement fondue dans ses sociétés d’accueil, n’a pas suffisamment établi les liens formels qui auraient dû se tisser avec son pays d’origine.

Des flux migratoires successifs fruits d’une soif de savoir traditionnelle …

La volonté farouche du malgache d’acquérir du savoir à l’extérieur pour se construire une reconnaissance sociale se rattache peut être à des réminiscences anciennes gravées dans notre inconscient collectif : les premiers malgaches partent en Angleterre, envoyés par Radama Ier pour y étudier au début du XIXème. De la même manière, reflet de la valeur très ancienne accordée à l’enseignement et à la connaissance et grâce à la floraison, sous Radama II et Rainilaiarivony, d’écoles et de temples sur tout le territoire, en 1894, les écoles du royaume comptent  plus de 200 000 élèves, ce qui faisait de Madagascar proportionnellement l’un des pays les plus scolarisés au monde.

Ceci étant, le premier mouvement de migration ne relevait pas de cette logique : 40 000 « poilus » malgaches enrôlés pendant la 1ere guerre mondiale constitueront en effet la première vague migratoire. L’exposition coloniale de 1931 permettra par la suite à quelques enfants de grandes familles de venir en Europe y suivre des études de médecine ou de théologie.

La seconde guerre mondiale verra une nouvelle vague migratoire de tirailleurs et de gradés vers la France. De ces premiers mouvements, qui avaient vu ces malgaches gagner le droit d’être français, certains se sont installés en métropole, les autres retournant au pays porteurs d’une identité malgache aiguisée par un sentiment d’ingratitude de la France vis-à-vis d’eux.

A l’issue des évènements de 47, certains étudiants nationalistes, issus de grandes familles, furent contraints à l’exil en France et y ont poursuivi leurs études, éparpillés dans toute la France par un gouvernement français soucieux de ne pas laisser se développer à Paris un regroupement de nationalistes potentiellement dangereux.

Ils seront rejoints par des lycéens venus suivre des études supérieures répondant à une injonction des familles fascinées par le savoir, et qui devaient trouver dans leur formation supérieure le moyen de se mettre au niveau des cadres de l’administration coloniale.

« Si cette rencontre apparaît anecdotique au regard de l’histoire globale de la migration malgache, elle révèle néanmoins le sens que ces étudiants de la première génération donnèrent à leur passage vers la France : traverser l’épreuve sans se renier comme malgaches et réintégrer leur société pour y occuper la place (par le biais des diplômes français) qui devrait être la leur, c’est-à-dire devenir les égaux effectifs des Français ». Chantal Crenn.

A l’indépendance, l’acquisition d’un savoir universitaire de qualité en France et en Europe du Nord reste le passage symbolique obligé pour pouvoir occuper les postes à plus haute responsabilité.

Jusqu’en 1975, la très grande majorité de ces étudiants revient cependant au pays, globalement assurée d’une promotion sociale satisfaisant ses ambitions.

Les années 75 voient une nouvelle vague de migration intense, face à la paupérisation, l’instabilité politique et une malgachisation de l’enseignement qui, bien que revendiquée identitairement plus tôt, est vue comme un enfermement. L’émigration jusque là temporaire est désormais envisagée définitive, pour satisfaire les ambitions intellectuelles, mais aussi les ambitions de réussite sociale et matérielle des migrants malgaches qui voient parfois leur parentèle les suivre dans le cadre de regroupements familiaux. Ceux là qui ont fait le choix de s’installer en Europe – réussir à l’étranger est désormais le signe de reconnaissance sociale –  et de satisfaire ainsi l’idéal familial de la réussite universitaire et professionnelle, pensent impératif de « se fondre » dans la société d’accueil.

Un dernier mouvement massif d’immigrés malgaches, plus composite et marqué par la réhabilitation identitaire à Madagascar. est caractérisé depuis les années 90, provoqué par les échecs économiques et politiques du pays,

Pour cette dernière génération, les sentiments de fascination propres à leurs aînés, à l’égard de la France, semble s’annihiler pour laisser la place à une vision plus nette et plus réelle de la vie d’immigré. Cyrielle Orenes

Cette génération « de travailleurs – étudiants », très fortement attachée à sa culture qu’elle valorise  et entretient farouchement, ne voit plus l’Occident en idéal intellectuel mais bien comme une zone d’immigration de travail. Ces migrants, qui rencontrent désormais la précarité, peuvent envisager de suivre des études professionnelles courtes plus à même de leur permettre une intégration rapide sur le marché du travail.

De fait, ces récentes années, les flux migratoires semblent baisser : le rêve occidental a perdu de son attrait, à l’image des difficultés que les derniers migrants ont connues (restriction des droits de séjour, chômage, précarité … ). Par ailleurs, les infrastructures d’enseignement supérieur de l’Ile peuvent désormais satisfaire localement la traditionnelle soif de savoir des malgaches dans une revendication identitaire plus forte que jamais….

… 2ème partie : suivre le lien …

Lalatiana Pitchboule – 31 Aout 2009

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