Le pétrole à Madagascar … il y a manne et manne … (1ère partie)

Posted on 5 juillet 2009

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Quand on parle de pétrole, on n’en a en général qu’une perception mythique: entre le Texas de dallas « ton univers impitoyaAAble » , entre les émirs aux djellabas immaculées devant leurs puits ruisselants de richesse, entre la démesure perçue des tours de verres d’Abu Dhabi, et les îles artificielles de Dubaï bâties à coups de milliards de pétro dollars, le sentiment qui nous reste est souvent celui d’une manne source de tous les potentiels, source de l’absolue richesse, source des solutions immédiates à notre sous développement.

La réalité est pourtant toute autre. Nonobstant les questions de géopolitiques, de géostratégie et de leurs conflits inhérents, nonobstant les shadoks pompeluttes mortelles pour la préservation ou l’acquisition des ces ressources (« papa, c’est où l’Irak ? »), nonobstant aussi les enjeux de la préservation de l’environnement largement entamée par les excès de l’utilisation outrancière de cette ressource, si certains pays nouvellement gros producteurs de pétrole (Norvège, Canada, …) ont pu jouir pleinement de la rente de l’extraction de leur or noir en termes de développement, force est de constater que d’autres – les pays pétroliers africains pour ne pas les nommer – n’ont pas tiré des revenus de leur production pétrolière le niveau de développement que cette ressource aurait dû leur fournir.

Alors même que ces pays Africains prennent désormais une part non négligeable dans les approvisionnements en « or noir » des pays développés (US National Intelligence Council : les US importeront 25% de leur pétrole en 2015 de l’Afrique subsaharienne), face au mythe du pétrole de Dallas-Ton-Univers-ImpitoyaAblE, s’oppose l’image de populations de ces mêmes pays confrontées trop souvent à une misère insupportable quant il ne s’agit pas de drames de la famine. Les récentes émeutes de la faim en témoignent. Et que des pays tels que Le Nigeria, le Cameroun ou le Tchad, tous producteurs de pétrole aient connu ces violences sociales en 2008 ne peut que nous interpeller. … Afrique-Et-Ta-Misère-InsupportaAAAablE ….

Si pour les spécialistes l’Afrique est le nouvel eldorado des prospecteurs d’«or noir», Elizabeth Tinoco de l’OIT à Genève, déclare que l’échec dans le combat contre le sous-emploi chronique et la pauvreté dans ces pays producteurs est une véritable «chance gâchée».

Au moment ou Madagascar s’inscrit désormais au nombre des pays producteurs émergents, si nous souhaitons éviter de « gâcher » nous aussi cette chance, il est urgent de faire le point sur les errements mais aussi les écueils qu’ont rencontrés ces pays potentiellement riches et foncièrement pauvres. Il s’agit en effet d’essayer de capitaliser l’expérience des Cameroun, Guinée Equatoriale, Gabon et autres Congos.

Cette nouvelle ressource, peut permettre à notre pays, vigilant, d’y trouver des moyens inespérés. Le pays peut aussi, au contraire, y trouver source d’aggravation de ses problèmes de développement et de ses problèmes de démocratie. S’avère ainsi nécessaire une tentative d’inventaire des dangers potentiels générés par l’arrivée de cette ressource dans les revenus de l’Ile en répondant à la question :

Pourquoi ces pays qui ont puisé du pétrole des milliards de $ de revenus n’ont-ils pas su tirer de cette manne ce qu’ils auraient pu en escompter et réduire la pauvreté de leurs populations ?

• Des contrats pervertis

L’opacité des contrats pétroliers établis – contrats de concession ou contrats de partage de production (1), qui seraient signés au seuls bénéfices d’une part d’une oligarchie locale qui y trouve une rente, et d’autre part au bénéfice des compagnies pétrolières (2) qui ont besoin de sécuriser à long terme leurs investissements, est avancée comme une première raison.

La volonté de sauvegarde à tout prix de ces deux groupes d’intérêt, lors de fluctuations de cours ou de crises économiques, se ferait alors, faute de transparence, au détriment de l’intérêt du pays lui-même et de son développement. « Ecoute mon pote, si les marchés dégringolent, là sur le coup je risque de perdre du pognon… alors tu te débrouilles chez toi avec ce que je pourrai te laisser … ».

• L’apparition des « kleptocrates », la concentration des ressources et des moyens, l’absence de démocratie

Dans le droit fil de la raison précédente, quand les enjeux de pouvoir ne relèvent que d’une volonté de domination et d’accumulation (« quand je serai Président, et que tu seras Ministre on s’en mettra plein les fouilles »), la volonté d’appropriation de cette rente va pousser à la concentration des acteurs au détriment de la mise en place d’une saine concurrence (« faudrait pas qu’on soit trop nombreux sur le gâteau, et en plus il vaut mieux se limiter à quelques grands pâtissiers pour mieux négocier notre rente »).

La déficience des institutions politiques et des structures de l’Etat, les faiblesses de l’administration, l’inexistence d’une justice et d’un pouvoir judiciaire libres, en particulier, le désordre politique, mais aussi la mise à l’écart de la société civile, empêchent l’émergence des contre-pouvoirs indispensables qui pourraient freiner le « banditisme » de ces kleptocrates essentiellement préoccupés par la consolidation de leur pouvoir. Ces contre-pouvoirs sont pourtant essentiels s’il s’agit de veiller à l’équilibre des transactions, mais aussi de veiller à la répartition juste, durable et équitable de la manne pétrolière.
Mais la perversion est extrême quand ces kleptocrates s’opposent violemment à toute forme de démocratie ou pire, quand ils peuvent dans ce déni de démocratie être poussés à enfermer leurs populations dans la pauvreté. Ils mettront ainsi en œuvre tous les moyens de coercition pour s’opposer à l’établissement d’une démocratie qui remettrait en jeu leurs intérêts et leur rente. « Vous n’allez tout de même pas me demander d’œuvrer pour le développement qui ouvrirait la porte à une démocratie qui elle-même me ferait perdre et mon pouvoir et ma rente, enfin ??? »

• La perversion financière et l’endettement

Entre la boulimie des dirigeants, et les investissements somptuaires lancés au lieu de privilégier les investissements dans le développement social, les besoins de financement de ces pays ont souvent usé et abusé du système des préfinancements pétroliers qui offrent des prêts de couverture, émis soit par l’acheteur de brut soit par des institutions financières pour couvrir le décalage entre la dépense budgétaire publique et l’encaissement des recettes adossées à une vente de pétrole brut effectuée sur le marché pétrolier international.
« Les préfinancements pétroliers constituent la moitié de la dette du pays, et sont exceptionnellement difficiles à renégocier dans le cadre d’un accord de rééchelonnement de la dette. Le fossé entre les attentes immenses et les résultats économiques lamentables des pays producteurs de pétrole est politiquement explosif. »(1)
Ces prêts de trésorerie dont l’émission est extrêmement prisée, en raison de la rémanence et de la solvabilité de la ressource, s’ajoutent à un gonflement dramatique de la dette face à l’augmentation des dépenses publiques. Les gouvernements s’endettent ainsi de plus en plus, « allant jusqu’à hypothéquer les revenus pétroliers ». Il s’agit là d’une profonde aberration : on devrait avoir des sous, et on croule sous les dettes. Un pays comme le Congo, dont les ressources pétrolières sont de 2 milliards de $ par an et dont 70% de la population vit sous les seuils de pauvreté, a du ainsi s’engager dans une initiative PPTE (Pays Pauvre Très Endetté) qui doit lui permettre de renégocier sa dette (source banque mondiale).

• L’aliénation économique et fiscale

La mise en place d’une économie de rente qui caractérise l’économie des pays pétroliers africains est le dernier danger à éviter. Quand l’idée même de rente s’oppose à la nécessité de diversification industrielle, quand la rente laisse croire que l’on peut délaisser le développement agricole, elle rend le pays extrêmement dépendant du pétrole (et précarise ses équilibre budgétaires dans des contextes de crise des cours), mais elle peut aussi mener à une perte fatale de compétitivité économique. Or, le secteur pétrolier gourmand en capitaux, ne peut fournir tous les emplois.
En dernier ressort, la performance de la fiscalité liée au pétrole, aliène dangereusement les systèmes fiscaux normaux : « on va pas s’embêter à développer d’autres secteurs d’activités, ou même l’emploi pour récupérer d’autres sources d’impôts … on a de toutes façons les sous du pétrole ».

• En conclusion

Et on arrive ainsi à un cas de divorce flagrant entre un peuple et ses gouvernants … je sais … divorcer pour des questions de sous, il y a plus élégant …Mais en l’occurrence, l’arnaque est insupportable.

Là encore, sans un contrat de mariage « en béton » entre le peuple et ses élus, fondé sur la transparence et la gouvernance … rien de possible sur le futur…

L’EITI (Extractive Industries Transparency Initiative), auquel avait souscrit le gouvernement Ravalomanana offrait ce contrat. Ce contrat aurait peut être valu au pays de ne pas souffrir du mot « manne et manne » … Certains n’ont pas voulu y croire … C’est encore une autre face du scandale de ce P… de coup d’Etat …

________________________________________ Notes

(1) Deux types de contrats pétroliers ( ) sont en général appliqués :
– contrats de concession : les états concèdent aux compagnies pétrolières des zones d’exploration sur des durées de 25 à 50 ans moyennant d’une part une redevance proportionnelle aux revenus, d’autre part une fiscalité et enfin des charges opérationnelles.
– Contrats de partage de production : les règles de partage de la rente pétrolière sont définies par exemple comme suit : Redevance minière (15%), Cost-Oil (50%), Profit Oil et Excess Oil (partage négociable), PID (1%) et Bonus.

(2) « A la lumière des règles de partage définis, force est de constater que les bénéficiaires des différents contrats pétroliers sont les compagnies pétrolières. Dans le cas par exemple des CPP, la part attribuable aux Etats se situant entre 31 et 35 % dans la plupart des pays de l’Afrique sub-saharienne, alors qu’ils sont de l’ordre de 51% (Etat) contre 49% (compagnie) en Algérie et en Libye. »

Lire aussi :
Etanilas NGodi. Géopolitique du pétrole en Afrique Centrale – 2008

L’industrie pétrolière et parapétrolière : contexte international 2008. IFP 2008

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