… D’une malgache à son pays : lettre d’amour et de silence …

Posted on 1 juin 2009

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écrit le 23 mai 2009

Est il possible encore que l’on puisse, sans savoir où le mal frappe et frappera encore comme il a si souvent cogné, prendre la parole, et dire, en toute ignorance, la peur ? Alors peut être encore plus fort, faut il peser chaque mot avant que de les lancer dans le tumulte des gens qui parlent trop et se tiennent, les yeux rivés aux murs, immobiles et hurlants…

Moi je ne sais rien. La peur m’a prise il y a longtemps et je suis partie, comme nombre de lâches, pour ne garder en moi que les images douces et sanguines de mon île. Ne pas savoir. Et puis, prendre le temps de réfléchir à la parole à donner. Peut être suis je de ceux qui ont porté les loups dans mon ventre, les nourrissant de mon goût du confort du-je-ne-veux-pas-savoir. Et puis, la terre me rappelle. Et j’ai tant fermé les yeux que je ne peux plus voir. Car je ne sais rien d’autre que le hurlement de la grande vitesse de ce train qu’ils ont jeté sur nous…

Et nous, peuple si digne, n’aurions plus peur du ridicule ? Mais peut-être y a-t-il un chemin à nous, propre et douloureux, pour nous ramener à l’âge adulte que nous avait confié la sagesse de nos ancêtres. Nous avons peut être choisi de rester des enfants, là où il était plus simple d’entrouvrir les fenêtres que d’ouvrir les portes en grand. De l’air, de l’air… Que nos enfants respirent… Alors je vais réfléchir, lire ce qu’ils disent, décoder les gestes, entendre les silences honteux… pour savoir, vraiment, si la parole vaut le coup ; si elle permet de prendre la conscience comme on acquiert la connaissance.

Alors seulement, peut être, se battre pour de vrai. Avec des mots qui ne seraient plus vains. Car la peur est ignorance. Je reviendrai alors parler de cette certitude que j’avais enfant, d’être une perle de vie dans un pays de rêve. Et partout, ambassadrice de l’être malgache, dire avec fierté: vois, ami, c’est mon pays.

posté par « ramaro »

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